Il voulait entrer dans l’Histoire à cheval. Le voilà qui y glisse en trottinette, cravate au vent, coiffure en drapeau et menton gonflé comme une baudruche de foire.
Trump rêvait de terrasser l’Iran à coups de slogans majuscules, de menaces théâtrales et de postures de shérif planétaire. Il s’imaginait César avec un compte de réseau social, Jupiter avec un micro, Néron avec un service de presse. Il n’aura été qu’un bateleur de casino, distribuant des ultimatums comme on jette des cacahuètes à des clients déjà ivres.
Alors il tonne, il vocifère, il promet l’apocalypse pour mardi, puis pour jeudi, puis pour plus tard, comme ces charlatans des souks qui annoncent la fin du monde en espérant qu’un tonnerre complice viendra sauver leur numéro. Il menace les ponts, les centrales, la pierre, la poussière, jusqu’aux ombres elles-mêmes. Mais plus il parle, plus le réel lui oppose son ironie.
Le détroit résiste, le pétrole grimpe, les marchés toussent, les alliés grimacent, et la grande machine impériale découvre avec stupeur qu’on ne gouverne pas le Golfe comme un plateau de téléréalité.
Le plus risible n’est même pas l’échec. Les empires ont connu bien pire. Non, le plus risible, c’est la manière. Cette façon de transformer chaque revers en numéro de claquettes. Quand Trump trébuche, Trumb apparaît. Trumb, c’est Trump après deux gifles du réel.
C’est le même front orange, mais avec le pli du ridicule. C’est le matamore dont le sabre est en carton. C’est le conquérant qui découvre que le monde extérieur n’est pas un décor de studio et qu’en face, les peuples, les États, les crises et les détroits n’ont pas signé le script.
Et quand l’échec devient trop visible, quand la fanfaronnade se cogne au mur du fait brut, alors surgit Trumk. Trumk, c’est la version terminale du personnage, l’homme qui ne dirige plus, qui éructe. Il ne pense plus, il poste. Il ne convainc plus, il menace.
Il ne bâtit plus de stratégie, il empile des coups de menton comme un enfant colérique empile des cubes avant de donner lui-même le coup de pied fatal dans sa construction. Trumk ne gouverne pas le monde, il le fatigue.
Quelle étrange farce tout de même. Le président de la première puissance mondiale réduit à jouer les videurs de boîte de nuit à l’entrée d’un détroit qu’il ne contrôle pas. Il crie “ouvrez”, comme un propriétaire rageur tambourinant à une porte qui n’est pas la sienne. Il annonce la foudre, mais c’est la facture énergétique qui tombe. Il vend une victoire, mais c’est l’incertitude qui s’installe. Il promet l’humiliation de l’autre et récolte cette vieille compagne des puissances usées, la leur.
Le drame est là. Sous le clown perce le danger. Car chaque rodomontade a son prix, chaque bluff armé son cortège de ruines, chaque phrase lancée pour flatter une galerie intérieure allume au loin des incendies bien réels.
Trump joue au dur comme d’autres jouent au golf. Il avance entre les cadavres diplomatiques avec la légèreté obscène de ceux qui confondent l’hubris avec le génie. Il croit faire de la géopolitique alors qu’il fait du marketing de guerre. Il ne cherche pas l’issue, il cherche l’image. Il ne veut pas résoudre, il veut paraître résoudre. C’est la civilisation du miroir appliquée aux missiles.
Mais l’Iran n’est pas une salle de meeting. Le Moyen-Orient n’est pas un décor à casquettes rouges. L’Histoire, surtout, ne se laisse pas dompter par un marchand de postures. Elle a vu passer des hommes autrement armés, autrement instruits, autrement redoutables.
Elle les a broyés avec le même calme minéral. Alors Trump s’agite, Trumb bafouille, Trumk aboie. Et le monde regarde cette parade grotesque en comprenant peu à peu qu’il ne s’agit plus d’une démonstration de force, mais d’une démonstration d’impuissance maquillée en tonnerre.
Il y a chez lui quelque chose du joueur ruiné qui continue de miser avec l’argent des autres. Il perd en grandeur ce qu’il compense en décibels. Il transforme la Maison-Blanche en estrade de catch et l’ordre international en vulgaire bagarre promotionnelle. Puis il s’étonne que la planète ne s’incline pas devant sa mèche. Pauvre empire, quand il ne sait plus produire que ce genre de chef, il révèle moins sa puissance que sa fatigue.
Au fond, Trump voulait faire plier l’Iran. Il aura surtout plié la dignité de sa propre fonction. Trumb a tenté la fanfare. Trumk a hérité du vacarme. Et dans ce fracas de bottes trop cirées, on entend une vérité sinistre monter du fond de la scène. Les grandes puissances ne meurent pas toujours d’une défaite nette. Il leur arrive de s’abîmer dans le grotesque.
S. Méhalla
