Malgré ses propositions précises sur la gouvernance, la sécurité et la réconciliation interne, Al-Qoudwa n’a pas évoqué la question de l’État palestinien. Ni sur ses frontières, ni sur sa reconnaissance internationale, ni sur la relance d’un processus politique avec l’entité sioniste.
Après quatre années d’exil volontaire, Nasser Al-Qoudwa, neveu du défunt leader palestinien Yasser Arafat, est rentré en Cisjordanie, porteur d’un projet de «réconciliation nationale» et d’un plan pour ramener la stabilité dans la bande de Ghaza. Son retour, hautement symbolique, intervient à un moment charnière pour l’Autorité palestinienne, confrontée à une profonde crise de légitimité et à de nouvelles pressions internationales pour réformer son mode de gouvernance.
Le retour d’un dissident au cœur du Fatah
Figure respectée de la diplomatie palestinienne, ancien représentant auprès de l’ONU, Al-Qoudwa, 72 ans, s’était éloigné du Fatah en 2021 après avoir été expulsé du mouvement pour avoir présenté sa propre liste électorale, défiant le président Mahmoud Abbas. La semaine écoulée, ce dernier, âgé de 89 ans, a signé son retour dans les rangs du parti fondé par Arafat, en lui accordant l’amnistie comme à d’autres membres exclus.
Son retour marque plus qu’une simple réconciliation politique : il ravive l’espoir d’un débat interne sur l’avenir du mouvement et la manière dont le Fatah peut regagner la confiance d’un peuple désabusé. «Le premier devoir est de restaurer la confiance du peuple, que nous avons perdue. Sans elle, honnêtement, tout cela n’a aucun sens», a déclaré Al-Qoudwa à Reuters, appelant à une lutte frontale contre la corruption qui mine l’Autorité palestinienne.
Entre réalisme et audace
Al-Qoudwa propose une feuille de route centrée sur la reconstruction politique de la bande de Ghaza, aujourd’hui au cœur de toutes les discussions diplomatiques. Selon lui, la clé de la stabilité passe par la transformation du Hamas en parti politique et par la création d’un Conseil de commissaires palestiniens chargé de gérer le territoire, sous supervision internationale mais avec une direction palestinienne claire.
Il prône également la formation d’une nouvelle force de police issue des structures existantes à Ghaza, dont les membres seraient triés sur la base de leur intégrité et de leur loyauté. «Il faut permettre au Hamas de se transformer politiquement, de participer à la vie nationale, à condition qu’il place ses armes sous le contrôle d’une autorité légitime», a-t-il expliqué.
Conscient des réticences, il ajoute : «Le Hamas doit comprendre qu’il ne fait pas l’objet d’une chasse à l’homme, que certains de ses membres auront une nouvelle chance, qu’ils ne seront pas assassinés et qu’ils pourront participer à la vie politique.»
Le retour d’Al-Qoudwa coïncide avec la fin de la guerre à Ghaza, telle qu’annoncée par Donald Trump, et avec la présentation d’un plan international visant à désarmer le Hamas et à placer la bande de Ghaza sous l’administration d’un comité technocratique palestinien. Ce projet, encore flou, prévoit le déploiement d’une force internationale chargée d’appuyer une nouvelle police palestinienne, sous supervision conjointe des Nations unies et de plusieurs puissances régionales.
Dans ce contexte, plusieurs analystes voient en Al-Qoudwa un acteur potentiel de la transition. Sa légitimité historique, ses relations diplomatiques solides et ses origines à Khan Younès pourraient en faire une figure de consensus. «S’il y a besoin de moi, je n’hésiterai pas», a-t-il lancé, tout en précisant qu’il ne croyait pas à un retour de l’Autorité palestinienne «telle qu’elle est» pour gouverner Ghaza.
Mais malgré ses propositions précises sur la gouvernance, la sécurité et la réconciliation interne, Al-Qoudwa n’a pas évoqué la question de l’État palestinien. Ni sur ses frontières, ni sur sa reconnaissance internationale, ni sur la relance d’un processus politique avec l’entité sioniste. Une omission que certains observateurs jugent révélatrice d’un réalisme politique — voire d’un recentrage tactique — face à l’urgence humanitaire et institutionnelle.
Pour Al-Qoudwa, la reconstruction du système politique palestinien doit commencer par un examen de conscience. Il estime que le Fatah doit se réinventer, lutter contre la corruption et se reconnecter avec la jeunesse. «Nous devons avoir le courage d’admettre que nous avons perdu la confiance du peuple. Sans cette confiance, il n’y a plus de légitimité», a-t-il insisté.
Cette franchise tranche avec la rhétorique habituelle du pouvoir à Ramallah. Elle traduit aussi le désarroi d’une élite consciente de son isolement. Les sondages récents montrent que plus de 80 % des Palestiniens considèrent leur Autorité comme corrompue, tandis que la majorité ne croit plus à la possibilité d’un État indépendant à court terme.
Vers une recomposition du paysage palestinien ?
Pour l’analyste politique Hani al-Masri, basé à Ramallah, «Nasser Al-Qoudwa pourrait jouer un rôle clé dans la gestion future de Ghaza, mais cela nécessite une entente réelle entre le Fatah et le Hamas. Aucun acteur, même doté d’une légitimité historique, ne peut réussir seul.»
Ce consensus national, encore hypothétique, conditionne en effet tout avenir politique. L’entité sioniste, de son côté, rejette toute idée de retour de l’Autorité palestinienne à Ghaza, tandis que la communauté internationale mise sur une formule de gestion intérimaire.
Dans ce contexte, le retour d’Al-Qoudwa pourrait marquer le début d’une recomposition politique au sein du mouvement national palestinien. Mais sans feuille de route claire pour l’État palestinien, son initiative reste une tentative de rétablir la confiance et de rouvrir un dialogue interne — un pas nécessaire, mais encore loin de la solution politique attendue.
Assia M.
