Le ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines, Ahmed Attaf, a exposé hier à Kampala en Ouganda, la vision algérienne quant à l’avenir du mouvement des non-alignés, plaidant pour une «nouvelle approche face aux problématiques liées au binôme sécurité-développement».
Dans son intervention prononcée à l’occasion de la tenue de la 19e Réunion ministérielle du Mouvement des non-alignés (MNA), Attaf a appelé à une refondation de l’action collective des pays non-alignés, fondée sur la justice, la solidarité et la réforme du système international. Il a souligné d’emblée que «notre Mouvement est aujourd’hui appelé à élever sa voix pour affirmer la nécessité d’adopter une nouvelle approche face aux problématiques liées au binôme sécurité-développement».
Cette approche, a-t-il précisé, repose sur trois grands axes structurants. Le premier axe, a-t-il indiqué, consiste à «reconstruire les ponts de confiance entre le Nord et le Sud, à travers des partenariats fondés sur l’égalité souveraine, le respect mutuel et une coopération fructueuse face aux pratiques d’hégémonie, de dépendance et d’exclusion». Pour Attaf, la relation Nord-Sud ne peut se limiter à des rapports d’assistance ou de domination, mais doit être repensée sur la base d’une complémentarité équitable et d’intérêts partagés. Le deuxième axe porte sur la nécessité urgente de corriger les déséquilibres structurels du système international. Le chef de la diplomatie algérienne a plaidé à ce propos pour «une réforme profonde des institutions internationales», en commençant par «le Conseil de sécurité des Nations unies, puis le Groupe de la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, jusqu’à l’Organisation mondiale du commerce», a-t-il précisé. L’Algérie, faut-il le rappeler, a toujours plaidé pour des réformes visant à donner une place réelle aux pays en développement dans les processus décisionnels mondiaux et à garantir une représentation équitable au sein des grandes institutions de gouvernance mondiale.
Le troisième axe de la nouvelle approche algérienne concerne la mise en œuvre effective des engagements internationaux relatifs au développement durable. «Il s’agit de concrétiser les engagements en matière de financement du développement, de traitement de la crise de la dette, de justice climatique, de bonne gouvernance, d’innovation et de transfert de technologie au profit des pays en développement», a plaidé Attaf estimant que ces priorités constituent les fondements d’un nouvel équilibre mondial, plus juste et plus durable. «C’est le chemin auquel croit l’Algérie, et pour lequel elle milite, côte à côte avec ses pays frères et amis membres de notre Mouvement, afin de bâtir un ordre international plus équitable et plus solidaire», a-t-il affirmé.
Fidélité à l’esprit de Bandung
Revenant sur le contexte historique, Ahmed Attaf a rappelé que «l’esprit et les principes de Bandung doivent continuer d’inspirer notre action commune», soulignant que l’anniversaire du célèbre congrès constitue une occasion de renouer avec les idéaux fondateurs du Mouvement. Affirmant que «l’Algérie n’a pas oublié, et n’oubliera jamais, que sa cause de libération nationale a trouvé dans la conférence de Bandung son premier soutien, son appui le plus décisif (…)», Attaf a tenu à saluer la «fidélité du Mouvement aux causes de libération et à la défense des peuples», réaffirmant le soutien de l’Algérie au peuple palestinien et au peuple sahraoui dans leur quête légitime d’autodétermination.
Les causes palestinienne et sahraouie au menu
«Le peuple palestinien vit aujourd’hui avec deux espoirs», souligne à ce propos Ahmed Attaf précisant que le premier, «plus immédiat, est celui de la consolidation du cessez-le-feu, du respect effectif de celui-ci, et de la satisfaction des besoins urgents de nos frères à Ghaza». Le second, plus grand, a-t-il dit, «est celui de voir cette étape s’accompagner d’un véritable processus politique qui place au cœur de ses priorités le traitement de la racine du conflit, par la fin de l’occupation des territoires palestiniens et arabes, et par l’accélération de l’établissement d’un État palestinien indépendant et souverain, comme unique solution juste, durable et définitive au conflit israélo-palestinien». S’agissant de la question sahraouie, le MAE a affirmé que «le peuple sahraoui ne demande rien d’autre que l’exercice de son droit légitime et inaliénable à l’autodétermination, afin de choisir librement son avenir, sans contrainte ni tutelle». Ahmed Attaf a assuré que «l’Algérie s’identifie pleinement à la position constante et de principe du Mouvement des non-alignés à cet égard, une position que notre Mouvement n’a jamais reniée depuis plus de cinq décennies, en conformité avec les résolutions de la légalité internationale et dans le respect de la doctrine onusienne consacrée en matière de décolonisation».
En somme pour le chef de la diplomatie algérienne, l’avenir du Mouvement des non-alignés dépend de sa capacité à se réinventer sans renier ses fondements : la solidarité, l’égalité et la lutte contre toutes les formes d’hégémonie. «Notre Mouvement doit redevenir une force de proposition crédible, un espace de justice et un acteur clé du multilatéralisme rénové», a conclu Attaf.
A.I.
