Cette question sera approfondie lors de la visite prochaine du ministre de l’Intérieur français, Laurent Nunez, de même que celle concernant la réactivation de la «commission mixte algéro-française sur l’Histoire et la Mémoire».
La France a dépêché jeudi dernier à Alger sa numéro deux de la diplomatie, la secrétaire générale du ministère des Affaires étrangères, Mme Anne-Marie Descôtes, accompagnée d’une délégation diplomatique de haut niveau, pour une «visite de travail visant à examiner les moyens de relancer la coopération entre les deux pays», selon le porte-parole du Quai d’Orsay. Ce dernier n’a pas donné plus de détails sur le contenu exact de la visite, si ce n’est qu’elle porte sur la reprise de la coopération en matière migratoire, sécuritaire et économique. En somme, cette visite marque le début du processus de dégel des relations entre la France et l’Algérie. Les discussions ont permis de clarifier et de résoudre certaines questions ayant perturbé la coopération bilatérale ces derniers mois. Ainsi, cette rencontre a ouvert la voie à une reprise progressive des relations diplomatiques, même si des défis demeurent, notamment dans les domaines des affaires consulaires et de la gestion des questions migratoires.
La rencontre a également permis de s’entendre sur la tenue à Paris de la 12ᵉ session des consultations politiques algéro-françaises en 2026. Cette question sera approfondie lors de la visite prochaine du ministre de l’Intérieur français, Laurent Nunez, de même que celle concernant la réactivation de la « commission mixte algéro-française sur l’Histoire et la Mémoire ». Les travaux avaient été interrompus en 2024 en raison de tensions diplomatiques, mais les deux parties ont exprimé leur volonté de relancer le processus. Malgré cette suspension, elles ont réitéré leur engagement à poursuivre ce travail de mémoire. Des annonces avaient été faites en avril dernier pour la reprise prochaine des travaux, avec un accent sur l’accès aux archives. La 11ᵉ session des consultations politiques algéro-françaises s’était tenue à Alger le 27 février 2024.
Jeudi, les discussions se sont surtout concentrées sur la reprise des activités consulaires, y compris la reconnaissance des agents consulaires des deux pays, ainsi que sur l’élaboration d’une feuille de route pour les dossiers en suspens, tels que le retour des ambassadeurs, les visites du ministre français de l’Intérieur et le traitement de la situation des Algériens en France. Plusieurs diplomates algériens et français attendent toujours l’officialisation de leurs postes, situation qui bloque partiellement la normalisation des services diplomatiques entre les deux pays.
Feuille de route pour les questions non résolues
Un autre point important a été l’élaboration d’une feuille de route visant à régler les questions non résolues entre les deux nations. Parmi ces dossiers figure notamment la situation des Algériens soumis à une obligation de quitter le territoire français (OQTF), un sujet sensible dans les relations bilatérales. Le retour des ambassadeurs des deux pays a également été abordé, bien que leur réintégration dans leurs fonctions respectives n’ait pas encore trouvé de solution définitive.
Depuis juillet 2024, les relations entre la France et l’Algérie ont été marquées par une série de tensions diplomatiques. Ces différends ont eu des répercussions sur plusieurs aspects de la coopération bilatérale, notamment sur les questions consulaires, les échanges commerciaux et la gestion des flux migratoires. La crise a entraîné une réduction des échanges et un contact limité entre les deux pays.
Bien que plusieurs signes récents témoignent d’un retour progressif au dialogue entre El Mouradia et l’Élysée, la situation demeure fragile, avec différents dossiers et facteurs de tension toujours présents. Parmi eux figurent l’incarcération en France, l’année dernière, d’un diplomate algérien dans le cadre d’une affaire intentée par un ressortissant algérien nommé Amir Boukhors, le rappel des ambassadeurs, l’expulsion de diplomates des deux pays, la suspension de la coopération judiciaire et d’autres dossiers toujours en suspens.
Il est à noter l’apparition d’une nouvelle approche dans la gestion de la communication autour de la crise, après l’éviction de l’ancien ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau. Cette approche se caractérise par le calme et la discrétion médiatique, comme en témoigne la réception de l’écrivain Boualem Sansal par le président français Emmanuel Macron à l’Élysée, sans mise en scène médiatique — une situation rare dans le paysage politique français, où les responsables associent habituellement la presse à leurs activités.
Mahmoud Tadjer
