La visite annoncée du roi Felipe VI et de la reine Letizia à Ceuta et Melilla, prévue les 13 et 14 octobre, s’impose déjà comme un rendez-vous à forte portée diplomatique.
Selon le quotidien espagnol El País, cité par l’ancien diplomate algérien Amar Belani dans une publication sur les réseaux sociaux, Madrid aurait pris en compte la position de Rabat dans la préparation de ce déplacement, sur fond de crainte d’une réaction marocaine.
D’après le journal espagnol, des sources militaires citées dans son article redoutent notamment que Rabat puisse interpréter cette visite comme une provocation et envisager, en réaction, des mesures dans plusieurs domaines. Ces préoccupations auraient conduit les autorités espagnoles à entourer le déplacement royal de précautions particulières.
Madrid sous la pression de Rabat
Pour Amar Belani, l’information rapportée par El País soulève une question de fond sur la portée politique d’une éventuelle prise en compte de l’avis marocain concernant le déplacement du souverain espagnol dans deux villes administrées par l’Espagne.
L’ancien diplomate met ainsi en parallèle ces informations avec les déclarations du ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, qui avait récemment assuré que le roi et la reine n’avaient pas besoin de demander l’autorisation de quiconque pour se rendre dans des villes espagnoles. Le déplacement revêt d’autant plus de portée qu’il constituera la première visite de Felipe VI à Ceuta et Melilla.
La dernière visite d’un couple royal espagnol dans ces deux villes remonte à 2007, lorsque Juan Carlos Ier et la reine Sofia s’y étaient rendus. Ce déplacement avait alors suscité une réaction de Rabat et illustré la sensibilité particulière de ce dossier dans les relations hispano-marocaines.
Au-delà de la dimension symbolique, la visite intervient dans un contexte où Madrid cherche à maintenir un équilibre entre ses relations avec Rabat et ses intérêts au Maghreb.
Ceuta et Melilla constituent depuis longtemps un dossier particulièrement sensible, en raison de la revendication marocaine sur les deux enclaves et de leur statut de territoires espagnols. Parallèlement à cette séquence, le calendrier des relations entre Madrid et Alger connaît un développement qui retient également l’attention.
La réunion de haut niveau Espagne-Algérie, initialement prévue les 20 et 21 octobre à Madrid, aurait été reportée sine die, selon des informations rapportées par des médias espagnols citant des sources diplomatiques. Ce report intervient quelques jours seulement après l’annonce de la visite du couple royal à Ceuta et Melilla, alors que Madrid et Alger s’efforcent depuis plusieurs mois de consolider leur rapprochement bilatéral.
La réunion devait constituer une nouvelle étape dans ce processus et permettre aux deux parties d’aborder plusieurs dossiers de coopération. Dans sa publication, Amar Belani souligne la proximité temporelle entre les deux événements, tout en se gardant d’établir un lien direct entre eux. Il estime néanmoins que cette concomitance mérite d’être relevée, compte tenu de la sensibilité particulière des relations de l’Espagne avec ses deux partenaires maghrébins.
L’ancien diplomate relève également la coïncidence avec la visite du président français Emmanuel Macron à Madrid, ajoutant un autre élément au calendrier diplomatique particulièrement dense de la capitale espagnole.
Madrid face à plusieurs équilibres maghrébins
Cette succession d’événements intervient alors que les relations économiques et commerciales entre l’Espagne et l’Algérie ont connu une évolution importante ces dernières années, tandis que Madrid a parallèlement consolidé son partenariat stratégique avec Rabat.
La diplomatie espagnole se trouve ainsi appelée à composer avec plusieurs dossiers maghrébins simultanément, chacun comportant ses propres sensibilités et enjeux. Entre la visite royale à Ceuta et Melilla, les réactions potentielles de Rabat et le report du rendez-vous de haut niveau avec Alger, Madrid se retrouve au cœur d’une séquence diplomatique où le calendrier des initiatives prend une dimension particulière.
Pour Amar Belani, ces développements successifs constituent autant d’éléments à observer pour comprendre les équilibres auxquels l’Espagne est confrontée dans son environnement maghrébin.
Assia M.
