Comme annoncé précédemment par le ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Yacine El-Mahdi Oualid, une conférence nationale sur l’agriculture se tiendra à la fin du mois d’octobre. Selon le ministère, cette rencontre «offrira l’occasion de définir une nouvelle vision pour l’avenir de l’agriculture en Algérie, tout en évaluant l’efficacité des programmes adoptés jusqu’à présent».
Le ministre a précisé que la conférence «permettra de revoir les mécanismes mis en œuvre depuis plusieurs années dans le secteur agricole et d’en analyser les résultats, en s’appuyant sur des chiffres et statistiques réels recueillis au niveau local». Reste à savoir si cette rencontre saura proposer un nouveau modèle agricole capable de répondre aux défis de l’heure. Selon certaines estimations, le secteur aurait contribué à 15 % du PIB en 2024-2025, pour une valeur d’environ 7 milliards de dollars, d’après des chiffres communiqués par le ministère. L’agriculture est aujourd’hui considérée comme le deuxième pilier de l’économie nationale, juste derrière les hydrocarbures.
Le secteur emploie près de 26 % de la population active, soit environ 2,6 millions de travailleurs, représentant 74 % des actifs du monde rural et 24 % de la main-d’œuvre nationale. Il assure en outre 74 % de la sécurité alimentaire du pays en produits agricoles. Lors de cette conférence, le nouveau ministre, chargé de rectifier et de révéler les véritables chiffres du secteur, devrait présenter la nouvelle politique agricole du gouvernement ainsi que les objectifs prioritaires à court terme. Parmi ces priorités figurent la couverture des besoins alimentaires de base, l’accroissement de la production et de la productivité agricoles, la mise en place d’un modèle agricole et rural renouvelé, soutenu par l’investissement privé et l’émergence d’une nouvelle génération de producteurs.
S’y ajoutent l’amélioration de la compétitivité des produits agroalimentaires et forestiers, ainsi que l’intégration des outils numériques et du savoir scientifique dans la gestion du secteur. Les défis demeurent nombreux. Les services agricoles estiment que 40 % des terres céréalières du nord du pays sont encore en jachère. Par ailleurs, l’appui technique aux exploitations céréalières reste insuffisant, actuellement assuré presque exclusivement par les grainetiers privés.
L’heure de la numérisation agricole
Le président Abdelmadjid Tebboune a rappelé que «la souveraineté alimentaire est un pilier essentiel de l’indépendance nationale», estimant que l’Algérie dispose d’un potentiel immense qu’il faut valoriser intelligemment. Pour lui, l’agriculture ne doit plus être perçue comme un secteur secondaire, mais comme un levier majeur de croissance et de stabilité. Le chef de l’État a exhorté les agriculteurs bénéficiant de subventions à livrer toute leur production de céréales aux CCLS, soulignant la nécessité d’en finir avec les pratiques archaïques. Il a également dénoncé le manque de données fiables qui a longtemps caractérisé la gestion du secteur, appelant à une numérisation complète pour établir un diagnostic précis et améliorer les rendements.
Nommé récemment, le ministre Yacine El-Mahdi Oualid s’est engagé à rétablir la vérité sur les chiffres et à moderniser la gouvernance agricole. Il a annoncé la création d’un système national d’information pour assurer la transmission fluide des données du terrain. Ce chantier vise à redonner crédibilité et efficacité à un secteur stratégique, dont les statistiques sur le cheptel et la production céréalière restent encore sujettes à de fortes divergences.
Mahmoud Tadjer
