Près d’un an après la tragédie d’El Harrach, qui avait bouleversé l’opinion publique et conduit les autorités à annoncer une série de réformes du secteur des transports, un nouveau week-end noir vient rappeler que l’insécurité routière demeure l’un des défis majeurs en Algérie.
En seulement 24 heures, les accidents de la circulation ont fait 37 morts et 349 blessés à travers le pays, selon le dernier bilan de la Protection civile. Les services de la Protection civile ont effectué 4 655 interventions en une journée, soit une intervention toutes les 18 secondes. Parmi elles, 201 concernaient des accidents de la route, illustrant une nouvelle fois de plus de l’ampleur d’un phénomène qui continue de faire de nombreuses victimes, particulièrement durant la saison estivale.
Drame de Boumerdès : le bilan s’est alourdi
L’accident le plus meurtrier s’est produit dans la wilaya de Boumerdès, où un autobus de transport de voyageurs en provenance de Sétif a quitté la chaussée. Le bilan est particulièrement lourd : 27 personnes ont perdu la vie et 42 autres ont été blessées.
Quelques heures plus tard, un autre grave accident est survenu dans la wilaya de Timimoun. Vers 5h54 du matin, un autobus assurant la liaison Batna-Adrar est entré en collision avec un camion sur la RN 51, au point kilométrique 287. L’accident a fait 4 morts et 43 blessés, mobilisant d’importants moyens de secours. Ces deux drames portent à eux seuls l’essentiel du lourd bilan enregistré au cours des dernières 24 heures.
L’été, période la plus critique
Pour le spécialiste de la sécurité routière, Mohamed Kouache, l’Algérie connaît chaque année quatre grandes périodes de recrudescence des accidents : la rentrée sociale et scolaire, les épisodes de fortes perturbations météorologiques, le mois de Ramadhan et, surtout, la saison estivale. Selon lui, l’été constitue de loin la période la plus dangereuse en raison de l’intensification des déplacements liés aux vacances, aux visites familiales, au tourisme et aux activités économiques.
«Les autocars de transport de voyageurs connaissent une activité particulièrement soutenue durant cette période. À cela s’ajoutent malheureusement des comportements dangereux tels que l’excès de vitesse, les dépassements risqués, la fatigue des conducteurs, le manque d’entretien des véhicules ou par l’état de certaines infrastructures routières», explique l’expert.
Le spécialiste souligne également que les trajets exceptionnels ou de loisirs représentent un risque accru, certains conducteurs n’étant pas habitués à ce type de longs parcours, tandis que la pression professionnelle et l’épuisement peuvent altérer leur vigilance.
Des réformes engagées et un défi immense
Cette nouvelle tragédie ravive inévitablement le souvenir de l’accident survenu le 15 août 2025 à oued El Harrach, où un autobus avait chuté d’un pont dans l’oued, faisant 18 morts et 25 blessés. Ce drame avait profondément marqué le pays et conduit les pouvoirs publics à annoncer une réforme d’ampleur de la sécurité routière.
Parmi les principales mesures, figurait le retrait de la circulation des autobus âgés de plus de 30 ans, accompagné d’un vaste programme de renouvellement du parc national. Les autorités avaient également annoncé un renforcement des contrôles techniques, une révision du code de la route, une responsabilisation élargie de tous les acteurs de la chaîne du transport, des auto-écoles aux centres de contrôle technique, en passant par les exploitants et les gestionnaires des infrastructures, ainsi qu’un durcissement des sanctions en cas d’infractions graves.
Les spécialistes rappellent que les résultats d’une telle réforme dépendent autant de la modernisation des véhicules que de l’application rigoureuse des nouvelles dispositions, de la qualité des infrastructures, de la formation des conducteurs et du respect des règles de circulation. Les récents accidents montrent ainsi que la lutte contre l’insécurité routière demeure un chantier à long terme, nécessitant une mobilisation continue de l’ensemble des intervenants.
Un fléau national qui continue de progresser
Pour rappel, les statistiques officielles témoignent de l’ampleur persistante du phénomène. Au cours des dix premiers mois de 2025, près de 23 322 accidents de la circulation ont été recensés en Algérie, soit une hausse de 3,15 % par rapport à la même période de l’année précédente. Ces accidents ont provoqué 3 256 décès et près de 32 000 blessés.
Au-delà du drame humain, leur coût économique est estimé à plus de 100 milliards de dinars par an, soit plus de 660 millions d’euros. Selon les statistiques officielles, plusieurs spécialistes estiment que la réponse ne peut se limiter à la seule dissuasion. L’amélioration de la formation des conducteurs, le renforcement du contrôle technique, la qualité des pièces de rechange, le renouvellement du parc automobile ainsi que la modernisation des infrastructures routières constituent autant de leviers indispensables pour enrayer durablement ce que beaucoup qualifient désormais de véritable «terrorisme routier».
À l’heure où les grands départs estivaux se poursuivent, cette nouvelle série d’accidents rappelle que la sécurité routière demeure une urgence nationale. Derrière chaque bilan se trouvent des vies brisées, des familles endeuillées et un défi collectif qui appelle des réponses durables, bien au-delà de l’émotion suscitée par chaque catastrophe.
I. Khermane
