Depuis le 1er février 2026, les dépôts en espèces sont interdits dans les comptes commerciaux, sauf cas exceptionnels et justifiés par l’activité spécifique du client.
Les nouvelles procédures approuvées par la Banque d’Algérie pour encadrer les opérations de dépôt en espèces dans les comptes à caractère commercial sont entrées en vigueur à compter du 1er janvier 2026, dans le cadre d’une orientation officielle visant à réduire la dépendance à la liquidité et à promouvoir l’utilisation des moyens de paiement non numéraires. Cette décision s’inscrit dans une démarche de modernisation du système bancaire et d’amélioration de la transparence des transactions financières, en cohérence avec les exigences de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, ainsi que le renforcement du contrôle des flux de liquidités.
Un délai transitoire d’un mois
Afin d’assurer une transition fluide vers le nouveau système sans perturber les activités commerciales, la Banque d’Algérie a accordé aux opérateurs économiques une période transitoire d’un mois. Durant cette période, les dépôts en espèces pourront être déposées de manière progressive et dégressives.
En effet, à partir du 1er février 2026, les dépôts en espèces seront interdits dans les comptes commerciaux, sauf cas exceptionnels et justifiés par l’activité spécifique du client. C’est ce qui ressort de la dernière instruction de la Banque d’Algérie émise à l’issue d’une réunion de clarification tenue mardi 30 décembre 2025 au siège de l’institution financière. Une réunion s’inscrivant dans le cadre de l’application de la note n° 02/DGIG/2025 du 22 décembre 2025, relative aux mesures de vigilance à l’égard de la clientèle. Cette note redéfinit les règles encadrant les dépôts en espèces dans les comptes commerciaux, dans une approche fondée sur l’évaluation des risques et le renforcement du risque prudentiel bancaire.
Une approche juridique fondée sur le risque
Telle qu’il ressort de son contenu officiel, l’instruction ne se limite pas à rappeler le cadre législatif et réglementaire en vigueur. Elle marque un cap supplémentaire en matière de rigueur d’application, en limitant l’alimentation des comptes commerciaux aux moyens de paiement scripturaux, et en restreignant l’acceptation des dépôts en espèces à des cas exceptionnels dûment justifiés. Ce qui place à la fois les banques et les clients face à une nouvelle phase dans leur relation avec la monnaie fiduciaire. Sur le plan juridique, l’instruction s’appuie explicitement sur l’approche fondée sur les risques. Elle oblige les banques à renforcer les procédures de diligence raisonnable à l’égard des clients et des opérations présentant des niveaux de risque élevés, en particulier celles liées aux dépôts en espèces. A cet égard, la Banque d’Algérie a insisté sur la nécessité d’intensifier le contrôle des opérations et des clients classés à risque élevé, et de s’assurer de la cohérence des transactions financières avec le profil économique de chaque client.
Entre le GAFI et la réalité du marché
En cohérence avec les normes internationales du Groupe d’action financière (GAFI) et les engagements de l’Algérie en matière de protection du système bancaire contre les risques de réputation et les vulnérabilités financières, cette mesure est difficilement contestable du point de vue purement financier, tant elle renforce la transparence, réduit les marges de manipulation et favorise progressivement la transition d’une économie de cash vers une économie bancaire traçable, en dépit d’une dépendance persistante au cash, une confiance restreinte envers les banques chez un large pan de la population, et un secteur informel prédominant.
Dans ce contexte, l’expert économique El-Houari Tigharci, met en garde contre une application littérale et brutale de l’instruction qui pourrait produire des effets contre-productifs.
Selon son analyse, refuser les dépôts sans proposer d’alternatives pratiques, confiner les banques à un rôle purement répressif ou ignorer les différences fondamentales entre les niveaux de risque pourrait conduire à une exclusion financière déguisée, plutôt qu’à une réforme effective.
Aussi, préconise-t-il une période de transition de 12 à 24 mois, au cours de laquelle des objectifs intermédiaires seraient fixés pour réduire l’usage du cash, accompagnés d’évaluations régulières de l’impact économique et social de la mesure.
Badis B.
