Les magistrats de la première chambre pénale de la cour d’Alger examineront, mercredi prochain, sauf report de dernière minute, le dossier de l’ex-directeur général de l’Office de promotion et de gestion immobilière (OPGI) d’Hussein Dey, Mohamed Rehaimia.
Par Redouane Hannachi
Le procès a été ajourné à plusieurs reprises en raison de l’absence de certaines parties. L’ancien responsable a déjà été condamné récemment par le tribunal de Chéraga, relevant désormais de la cour d’Alger, à trois ans de prison ferme et 200 000 DA d’amende. L’ex-DG, qui avait déjà passé plus de trois années derrière les barreaux à l’époque de l’ancien système, a été reconnu coupable de trafic d’influence, faux et usage de faux dans des documents administratifs, ainsi que de corruption et de marchandage de logements sociaux. Selon l’enquête, il aurait perçu des pots-de-vin en contrepartie de l’attribution indue de logements. Il aurait aussi donné des instructions à ses subordonnés, notamment à l’agence du 1er Mai, pour favoriser certains bénéficiaires «amis» qui ne remplissaient pourtant pas les conditions exigées par la réglementation.
Des complicités internes
La même peine de trois ans de prison ferme a été prononcée contre C. Mohamed, chargé des biens fonciers à l’OPGI, pour complicité dans le faux et usage de faux. Lors de son audition, ce dernier a tenté de se défausser sur son supérieur hiérarchique en déclarant devant le juge: «Je n’ai fait qu’exécuter les instructions de mon directeur.» Le tribunal a également condamné l’ex-responsable du service de location des logements sociaux de l’OPGI de Sidi M’hamed à trois ans de prison ferme et 200 000 DA d’amende pour avoir remis à des locataires des documents falsifiés sans que ceux-ci n’en aient connaissance. Plusieurs autres ex-cadres et employés de l’office, jugés par défaut, ont écopé de cinq ans de prison ferme assortis de 300 000 DA d’amende. Ces derniers, actuellement en fuite, font l’objet de mandats d’arrêt émis à leur encontre à la fois par le juge d’instruction et par le président du tribunal correctionnel de Chéraga. Durant son réquisitoire, le procureur de la République avait requis la même peine de cinq ans de prison ferme contre Rehaimia et ses proches collaborateurs, estimant que les faits commis étaient d’une gravité exceptionnelle pour des agents publics.
Des logements monnayés
L’enquête préliminaire, confiée aux éléments de la Gendarmerie nationale de Bouchaoui, a révélé un système de corruption bien rodé. Les mis en cause auraient accordé un logement social à un certain B.A. contre le versement d’une somme d’argent, remise par l’intermédiaire d’un employé de l’APC de Ouled Fayet. Le service d’attribution des logements sociaux de la wilaya d’Alger a confirmé que le nom du bénéficiaire ne figurait sur aucune liste officielle. Les investigations ont démontré que les montants exigés des demandeurs variaient entre 600 et 800 millions de centimes, somme présentée comme un «prix d’accès» pour obtenir un logement social à Alger. Face à la sévérité des réquisitions, les avocats de la défense ont plaidé les circonstances atténuantes, arguant que les prévenus n’avaient fait qu’obéir à la hiérarchie et que certaines preuves restaient contestables. Ils comptent introduire un appel devant la chambre pénale de la cour d’Alger pour obtenir une révision du verdict. Les inculpés devraient comparaître à nouveau dans les prochaines semaines devant le président du pôle pénal économique et financier pour répondre des faits de corruption et de faux.
Antécédents judiciaires
L’affaire actuelle s’inscrit dans la continuité d’autres procédures déjà engagées contre Rehaimia. En 2019, il avait été placé en détention provisoire à la prison d’El Harrach par le juge d’instruction de la 9e chambre spécialisée du tribunal de Sidi M’Hamed. Il était alors poursuivi pour octroi d’avantages indus dans le cadre du dossier de l’ex-patron de la Sûreté nationale, Abdelghani Hamel, également incarcéré avec plusieurs membres de sa famille. Par ailleurs, l’ex-DG avait déjà été entendu par le parquet d’Hussein Dey dans d’autres affaires de faux administratifs, impliquant notamment une chargée du social à la daïra d’Hussein Dey. Cette dernière, au lieu d’être inquiétée par la justice, a simplement été mutée vers une autre structure administrative.
R.H.
