Le tribunal criminel d’Alger a récemment rendu un verdict très attendu dans une affaire de terrorisme qui a mis en lumière le rôle d’Internet dans la radicalisation de certains jeunes.
Par Redouane hannachi
Le mis en cause, B. Islam, âgé de 25 ans, ancien étudiant en troisième année d’interprétariat à la faculté centrale d’Alger et décrit comme un « génie en informatique », a été condamné à huit ans de prison ferme.
Connexions virtuelles dangereuses
Selon le dossier de l’instruction, le jeune homme a été reconnu coupable d’apologie d’actes de terrorisme et de contacts avérés avec des responsables jihadistes via des sites extrémistes comme «Beltouk», «Ansar El Moudjahidine» et «El Taouhid». Ces plateformes étaient connues pour rassembler les différents groupes armés opérant notamment en Afghanistan et au Pakistan. Mais les faits ne s’arrêtent pas là : l’enquête a démontré que l’étudiant avait rencontré des figures de premier plan du terrorisme international. Parmi elles, Noureddine El Youbi, ancien chargé des télécommunications de la phalange «El Moulathamoune», affiliée à Al-Qaïda. Il aurait également voyagé au Mali, via la route de Tamanrasset, où il aurait croisé Mokhtar Belmokhtar, dit «Khaled Abou El Abbes El Aouar», tristement célèbre pour son implication dans plusieurs attaques sanglantes au Sahel. Lors de cette rencontre, Belmokhtar lui aurait confié pour mission de se rapprocher d’Abdelhak Layada, ex-membre du GIA, afin de transmettre des vidéos de propagande et collecter des informations techniques sur la fabrication d’explosifs.
Des preuves accablantes
Le juge d’instruction du pôle judiciaire de Sidi M’hamed, en charge de l’enquête, a réuni un faisceau d’indices considéré comme accablant : vidéos subversives appelant au jihad, mini-caméras, crayons laser et autres supports techniques. Ces pièces à conviction, saisies au domicile de l’accusé, ont pesé lourd dans l’appréciation des magistrats, confirmant pour l’accusation son implication active. Tout au long du procès, le jeune homme a adopté une stratégie de défense basée sur la contestation systématique des accusations. Chaque fois que la présidente de la cour, Mme Derrar, lui posait une question, il répondait invariablement : «Je n’ai rien à voir avec cette affaire, ni de près ni de loin». Il a affirmé avoir été contraint de signer les procès-verbaux de la police judiciaire sous la pression et sans en connaître le contenu.
Il a également tenté de détourner les débats en évoquant sa vie privée, notamment une relation controversée avec une femme indienne rencontrée sur Internet, plus âgée que lui de vingt-cinq ans et mère de cinq enfants. Coincé, il a reconnu le mariage virtuel, malgré l’opposition farouche de sa mère, ancienne directrice d’école primaire. Pour le procureur général, il ne fait aucun doute que le jeune homme a franchi le pas. « L’accusé a collecté des informations sensibles et pris contact avec des chefs terroristes recherchés au niveau international. Les preuves matérielles et les témoignages établissent clairement son intention criminelle», a-t-il déclaré, avant de requérir vingt ans de réclusion criminelle.
La défense plaide l’acquittement
Son avocate, Me Boumerdassi Hassiba, a contesté vigoureusement la version de l’accusation. Elle a dénoncé des «anomalies graves» dans la procédure, affirmant que son client avait été manipulé et contraint de signer des procès-verbaux préparés par les enquêteurs. Elle a insisté sur son casier judiciaire vierge, sa bonne conduite et l’enquête sociale favorable. Pour elle, «cet étudiant brillant paie le prix d’une accusation montée de toutes pièces». Elle a réclamé purement et simplement son acquittement. Après délibérations, la cour a prononcé une peine de huit ans de prison ferme, rejetant les réquisitions du parquet qui demandait le double. Dans la même affaire, un autre accusé, connu sous le nom de guerre «Abou Oubaida», a été condamné par contumace à vingt ans de réclusion criminelle.
Au moment du prononcé du verdict, les parents du prévenu, présents dans la salle, sont restés figés, sidérés par la tournure des événements. L’accusé, lui, n’a laissé transparaître aucune émotion, se contentant de jeter des regards furtifs vers ses proches. Me Boumerdassi a annoncé qu’elle introduira un pourvoi en cassation devant la Cour suprême, estimant que la condamnation reste injuste et espérant obtenir une révision de la peine.
R.H.
