Cette affaire touche l’un des plus hauts postes militaires du pays, immédiatement après celui du roi, dont l’état de santé se dégrade et qui demeure absent de la scène publique depuis plusieurs semaines, sans explication officielle.
Après la récente fuite du numéro deux de la Direction générale des études et de la documentation (DGED), le service de renseignement extérieur marocain dirigé par Yassine Mansouri, proche du roi Mohammed VI, c’est désormais l’inspecteur général des armées, véritable boîte noire du régime, Mohammed Berrid, qui aurait pris la fuite. Selon plusieurs sources, il se serait réfugié en Angleterre, une défection qui serait liée à des relations avec les Émirats arabes unis qu’il aurait dissimulées au souverain. Cette affaire touche l’un des plus hauts postes militaires du pays, immédiatement après celui du roi, dont l’état de santé se dégrade et qui demeure absent de la scène publique depuis plusieurs semaines, sans explication officielle. Depuis la révélation de cette nouvelle, les autorités marocaines se murent dans le silence, sans aucun commentaire ni démenti émanant de sources officielles.
Berrid occupait des responsabilités militaires majeures, notamment au Sahara occidental, où son rôle et son influence au sein des Forces armées royales (FAR) étaient jugés déterminants. Sa fuite, dans un contexte géopolitique sensible, soulève d’autant plus d’inquiétudes qu’il était considéré comme un homme clé de l’appareil militaire marocain. Réputé proche des Émirats arabes unis, pays où il aurait trouvé refuge, il cristallise les interrogations sur l’avenir de la structure militaire du royaume. Le silence officiel qui entoure sa disparition soudaine ne fait qu’alimenter les spéculations sur la suite des événements.
La défection de Mohammed Berrid, compte tenu de son rang et de son poids au sein de l’armée, amplifie les incertitudes quant à la solidité de l’institution militaire, d’autant plus qu’elle intervient dans un climat déjà marqué par les préoccupations grandissantes liées à la santé fragile du monarque. Alors que les autorités continuent de garder le mutisme, les questions se multiplient sur les dynamiques de pouvoir à venir, tant sur le plan militaire que politique. Cette affaire pourrait révéler des fractures profondes au sein des élites dirigeantes et nourrir un débat plus large sur la stabilité du régime marocain.
Le poids des Émirats dans l’affaire
La gravité de cette défection ne tient pas seulement au grade du général Berrid, considéré comme le deuxième personnage militaire du pays après le roi Mohammed VI, mais aussi à la conjoncture délicate dans laquelle elle s’inscrit : une monarchie fragilisée par les rumeurs persistantes autour de la santé du souverain et par des luttes de pouvoir internes de plus en plus visibles. Des sources avancent que le général aurait exprimé une préférence pour le prince Moulay Rachid, frère du roi, comme successeur potentiel, au détriment du prince héritier Moulay Hassan. Il bénéficierait, selon ces mêmes sources, de soutiens extérieurs, notamment de la France et des Émirats arabes unis. Ces relations troubles avec Abou Dhabi, partenaire stratégique mais sensible pour Rabat, donnent une dimension géopolitique encore plus délicate à cette disparition.
Le mutisme des médias marocains, tout comme celui des institutions concernées, alimente l’idée d’une fracture interne au sommet de l’État. Face à des interrogations aussi lourdes, le silence ne pourra se prolonger indéfiniment. Une certitude émerge toutefois : la fuite du général Berrid, si elle venait à être confirmée, pourrait marquer le début d’une recomposition du pouvoir en coulisses. Les conséquences d’un tel bouleversement ne se limiteraient pas au territoire marocain, mais pourraient aussi avoir des répercussions régionales.
Il y a quelques jours déjà, la presse évoquait la lutte intestine entre les deux institutions sécuritaires qui se disputent l’influence et l’avenir de la monarchie. Les chefs de renseignement, par puissances interposées, se livrent à une confrontation silencieuse mais implacable. La guerre de succession est bel et bien ouverte au Maroc. Au cœur de cette bataille feutrée se trouvent deux figures clés du système makhzénien : Yassine Mansouri, à la tête de la DGED, et Abdellatif Hammouchi, patron de la DGST. Tous deux s’opposent dans une lutte acharnée pour imposer leur vision de la succession d’un roi affaibli et absent.
Si le prince héritier Moulay Hassan reste officiellement désigné depuis longtemps comme successeur légitime, conformément à la tradition monarchique, l’option du prince Moulay Rachid demeure envisagée, portée par des réseaux d’influence émiratis et arabes. Cette guerre souterraine entre les deux services de renseignement les plus puissants du royaume, tous deux appuyés par des puissances étrangères, illustre une bataille de pouvoir qui se joue dans l’ombre du palais royal.
Mahmoud Tadjer
