Discours extrémistes, racisme, appels à la division… Les réseaux sociaux deviennent le terrain d’une offensive sans précédent contre le vivre-ensemble. Face à ces dérives, la riposte ne peut être uniquement judiciaire : c’est toute la société qui est appelée à réagir.
Les réseaux sociaux sont devenus le miroir de notre époque. Espaces de liberté, d’information et d’échange, ils sont aussi, de plus en plus, le terrain de toutes les dérives. En Algérie, la multiplication des discours de haine, des appels au racisme, des provocations identitaires et des tentatives de diffusion d’idéologies extrémistes constitue désormais un véritable défi pour la cohésion nationale.
Il ne se passe pas un jour sans qu’une nouvelle vidéo, un nouveau message ou un nouveau live, suscite l’indignation. Derrière un écran et souvent sous couvert d’anonymat, certains se sentent investis d’une mission : opposer les Algériens les uns aux autres, raviver les clivages régionaux ou linguistiques, ou encore imposer une vision radicale de la société au nom d’une lecture rigoriste, souvent erronée d’ailleurs, de la religion. Le dernier épisode en date illustre parfaitement cette dangereuse dérive.
Un prédicateur salafiste a été arrêté après avoir diffusé une vidéo dans laquelle il s’en prenait violemment à une fillette de huit ans en raison de sa tenue vestimentaire, allant jusqu’à l’insulter publiquement. L’affaire a suscité une vague d’indignation tant elle symbolise une volonté de s’ériger en censeur moral de la société. Ce cas n’est malheureusement pas isolé.
Depuis plusieurs années, des individus utilisent les plateformes numériques pour diffuser des discours de stigmatisation, désigner des «ennemis», remettre en cause les libertés individuelles ou alimenter des campagnes de dénigrement contre des catégories de citoyens. D’autres exploitent les réseaux sociaux pour diffuser des propos racistes ou des appels à la division, parfois dans le but évident de semer la discorde et d’affaiblir le sentiment d’appartenance nationale.
Une ligne rouge
La liberté d’expression est un droit fondamental. Mais elle ne protège ni l’injure, ni la diffamation, ni l’incitation à la haine, ni les appels à la violence. Le droit algérien est d’ailleurs sans ambiguïté sur ce point. Les auteurs de contenus incitant à la discrimination, au racisme, à l’extrémisme ou portant atteinte à l’ordre public s’exposent à des poursuites pénales.
Ces derniers mois, plusieurs personnes ont été interpellées ou condamnées pour des publications diffusées sur les réseaux sociaux. Les services spécialisés dans la lutte contre la cybercriminalité multiplient les enquêtes, tandis que les juridictions rappellent régulièrement que l’espace numérique n’est pas une zone de non-droit. L’objectif est clair : protéger les citoyens et préserver l’ordre public face à des comportements qui, au-delà de l’infraction pénale, menacent directement le pacte social.
Une guerre d’influence
Les réseaux sociaux sont aujourd’hui devenus un champ de bataille où se livrent de véritables guerres d’influence. Les algorithmes favorisent les contenus les plus polarisants, les plus outranciers et les plus émotionnels. En quelques heures, une vidéo haineuse peut toucher des centaines de milliers d’internautes, nourrir les tensions et banaliser des propos qui auraient été impensables il y a quelques années.
Le danger est d’autant plus grand que ces contenus ciblent souvent les plus jeunes, particulièrement exposés aux campagnes de manipulation, aux discours complotistes ou aux prêches extrémistes diffusés sous des formats attractifs.
L’affaire de tous
La réponse ne peut être exclusivement sécuritaire ou judiciaire. Les arrestations et les condamnations sont nécessaires lorsque la loi est violée. Elles envoient un signal clair : la République protège ses citoyens contre les appels à la haine et à la violence.
Mais la véritable bataille est aussi culturelle, éducative et citoyenne. Les familles doivent apprendre aux jeunes à exercer leur esprit critique. L’école doit renforcer l’éducation au numérique et aux valeurs civiques. Les médias ont la responsabilité de déconstruire les fausses informations sans leur offrir une caisse de résonance.
Les responsables religieux ont également un rôle essentiel à jouer en rappelant que l’Islam condamne l’injure, la diffamation, l’humiliation et les appels à la discorde. Les créateurs de contenus et les influenceurs, dont l’audience est parfois considérable, doivent, eux aussi, mesurer l’impact de leurs publications. Une parole irresponsable peut avoir des conséquences bien néfastes.
Préserver le pays
L’Algérie porte encore les stigmates de la décennie noire où les discours extrémistes avaient conduit à la violence et au terrorisme qui ont fait des dizaines de milliers de morts. Cette mémoire impose une vigilance constante. Les tentatives actuelles de banalisation de la haine, du racisme ou de l’exclusion ne doivent en aucun cas être considérées comme de simples «opinions» lorsqu’elles franchissent les limites fixées par la loi et portent atteinte aux droits d’autrui.
L’unité nationale demeure le principal rempart contre toutes les formes de déstabilisation. Elle ne se défend pas uniquement dans les tribunaux ou par l’action des services de sécurité. Elle se construit chaque jour dans le comportement des citoyens, dans la responsabilité des médias, dans l’exemplarité des élites et dans le refus collectif de laisser prospérer les discours qui opposent les Algériens.
À l’heure où les réseaux sociaux façonnent l’opinion publique, le véritable combat est celui de la responsabilité. Car protéger la cohésion nationale, c’est protéger l’avenir du pays.
Saïd Mekla
