Les autorités du pays ont pris conscience que la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme revêt une importance capitale au regard des multiples enjeux et des risques qu’elle fait peser sur l’économie nationale. Dans cette optique, l’Algérie a entrepris, conformément à la Recommandation 1 du Groupe d’action financière (GAFI), de compléter et de corriger son Évaluation nationale des risques (ENR) liée au blanchiment d’argent et au financement du terrorisme, lancée en 2020, dans le but d’identifier, d’évaluer et de comprendre les risques auxquels le pays est confronté, et ainsi mettre en place une stratégie nationale comportant des mesures appropriées pour les atténuer.
Les résultats de cette première évaluation ont mis en évidence l’existence de nombreuses lacunes structurelles, toujours présentes depuis la deuxième évaluation mutuelle de l’Algérie, réalisée en juillet 2022 par les experts du GAFI-MOAN, ce qui a contribué à augmenter le niveau de vulnérabilité dans plusieurs secteurs d’activité. Le niveau de risque observé dans certains domaines exige par conséquent des améliorations supplémentaires du cadre législatif et réglementaire en vigueur, aussi bien à court qu’à moyen terme. L’évaluation nationale des risques, relancée fin novembre 2023, a été finalisée dans sa composante liée au blanchiment à la fin du mois de juin 2024.
La méthodologie adoptée pour mener cette phase a été validée par les experts de la Banque mondiale. Les outils fournis par cette dernière ont permis d’aboutir aux constats suivants. Concernant le risque de blanchiment d’argent, les conclusions du rapport indiquent que le niveau global de risque est considéré comme moyennement élevé en Algérie. Cette évaluation a été obtenue en croisant deux variables essentielles, à savoir le niveau de menace et celui de vulnérabilité. Le niveau global de menace a également été évalué comme moyennement élevé, à travers trois critères fondamentaux : l’ampleur des infractions génératrices de fonds illicites, l’origine de ces fonds, et le recours à certains secteurs d’activité pour les blanchir. Les infractions identifiées ont été classées en trois catégories selon l’importance des montants saisis ou confisqués. La première regroupe les infractions à menace élevée, telles que la corruption, la fraude fiscale et le trafic de drogue.
La deuxième catégorie concerne les infractions à menace moyenne, comme les infractions douanières, la contrebande de marchandises et le trafic de migrants. Enfin, la troisième catégorie est celle des infractions à menace faible, englobant notamment la fraude, l’escroquerie, le vol, le cambriolage, le faux monnayage, le trafic illicite d’armes ou la falsification de documents. La stratégie nationale sera ainsi actualisée à l’occasion de la deuxième Évaluation nationale des risques (ENR) que l’Algérie doit mener à partir de 2026. Le déploiement de la stratégie actuelle se poursuivra jusqu’aux conclusions de cette nouvelle évaluation, dont les résultats permettront de réviser et d’ajuster les mesures mises en œuvre. Cette deuxième ENR servira de base pour tirer les enseignements nécessaires à la réactualisation de la stratégie.
En complément de l’élaboration et de la diffusion des instructions publiées en 2023, la Cellule de traitement du renseignement financier (CTRF) devra accompagner les professionnels assujettis, ainsi que leurs instances de supervision ou d’autorégulation, dans la mise en place de lignes directrices et de guides pratiques sectoriels, destinés aux professions identifiées comme les plus à risque. Sont notamment concernés les agents immobiliers, Algérie Poste, les banques et établissements financiers, les marchands de bijoux et de métaux précieux, les notaires et les concessionnaires automobiles.
Ces outils pourront être renforcés par des cycles de formation spécifiques à chaque profession, et, si nécessaire, par des sessions de formation de formateurs, assurées sous l’encadrement direct de la CTRF.
Mahmoud Tadjer