Face au durcissement des règles européennes sur les émissions de méthane, l’Algérie rejoint les États-Unis, le Qatar et le Nigeria dans un appel commun à Bruxelles pour réviser un dispositif jugé susceptible de fragiliser les approvisionnements énergétiques à partir de 2027.
L’Algérie est entrée dans un dossier énergétique sensible opposant plusieurs grands pays fournisseurs de pétrole et de gaz à l’Union européenne, après la signature d’une lettre commune avec les États-Unis, le Qatar et le Nigeria, appelant à une révision du règlement européen sur les émissions de méthane.
Le ministre d’État, ministre des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, a signé ce document qui met en garde contre les risques que ces nouvelles règles feraient peser sur les approvisionnements énergétiques de l’Europe à partir de janvier 2027.
Selon le ministère américain de l’Énergie, la lettre a été publiée le 24 juin 2026 et adressée à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ainsi qu’au président du Conseil européen, António Costa, et aux dirigeants des États membres de l’Union européenne.
Le texte a été signé par le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, le ministre d’État qatari aux Affaires énergétiques, Saad Sherida Al-Kaabi, le ministre d’État nigérian aux Ressources pétrolières,EkperikpeEkpo, et le ministre d’État, ministre algérien des Hydrocarbures, Mohamed Arkab.
Appel à des ajustements du cadre européen
Les signataires affirment soutenir les objectifs climatiques de l’Union européenne, notamment la réduction des émissions de méthane, mais demandent des ajustements du cadre réglementaire afin d’éviter des perturbations sur les marchés énergétiques.
Ils appellent notamment à la mise en place d’une période de transition permettant l’adaptation des mécanismes de mesure et de conformité, à la protection des contrats conclus durant cette phase, ainsi qu’à la suspension des sanctions en cas de non-conformité temporaire.
Selon eux, ces dispositions sont essentielles pour garantir la continuité des échanges énergétiques et éviter des incertitudes juridiques et commerciales sur des contrats à long terme.
Un cadre réglementaire progressivement renforcé
Le règlement européen sur le méthane doit entrer en application à partir du 1er janvier 2027. Les importateurs devront alors démontrer que les hydrocarbures importés proviennent de pays appliquant des normes équivalentes en matière de mesure, de déclaration et de vérification des émissions, ou conformes à des standards internationaux tels que l’OGMP 2.0.
Les exigences seront ensuite renforcées progressivement. A partir de 2028, les importateurs devront déclarer l’intensité des émissions de méthane, puis, à partir de 2030, respecter des seuils maximums fixés par la Commission européenne.
Un fournisseur stratégique pour l’Europe
Grâce à sa proximité géographique et à ses infrastructures gazières reliant directement l’Europe du Sud, l’Algérie occupe une place importante dans l’approvisionnement énergétique européen, notamment vers l’Espagne et l’Italie.
Toutefois, les nouvelles exigences européennes ajoutent un critère déterminant : la capacité des fournisseurs à garantir la transparence et la traçabilité de leurs émissions de méthane.
Les signataires de la lettre estiment que de nombreux fournisseurs ne seront pas en mesure de se conformer aux nouvelles exigences dans les délais impartis, ce qui pourrait affecter une part importante des importations européennes de gaz et de pétrole.
Ils alertent également sur les risques d’incertitude juridique et contractuelle liés à l’application du règlement, notamment pour les contrats de long terme.
Cette initiative intervient alors que plusieurs États membres de l’Union européenne ont eux-mêmes exprimé des réserves. Selon plusieurs sources, une dizaine de pays européens auraient demandé un report de l’application du règlement, invoquant des préoccupations liées à la sécuritéénergétique et au contexte géopolitique.
De son côté, la Commission européenne maintient son calendrier, tout en se disant ouverte à une application flexible des règles.
Un enjeu énergétique et climatique
Si les règles sur le méthane visent à réduire l’impact environnemental des hydrocarbures, elles soulèvent également des interrogations sur leur impact potentiel sur les flux énergétiques mondiaux.
Pour l’Algérie et les autres grands fournisseurs, l’enjeu est de concilier transition énergétique et maintien de la stabilité des marchés.
À travers cette initiative commune, l’Algérie rejoint un groupe de grands producteurs d’énergie appelant à une révision du cadre européen sur le méthane. Le débat dépasse, désormais, la seule dimension environnementale pour devenir un enjeu central de régulation du marché énergétique entre sécurité d’approvisionnement et objectifs climatiques.
R.N.
