Alors que le monde traverse une période de fractures géopolitiques et économiques inédites, le 28e Forum International Économique de Saint-Pétersbourg (SPIEF) s’impose comme le laboratoire d’un nouvel ordre mondial.
Par Samir MÉHALLA
Hier, Vladimir Poutine a pris la parole lors de la séance plénière, entouré de dirigeants clés du «Sud Global». Un événement suivi en direct par des milliers de participants et diffusé sur VK Video, symbolisant la vision russe d’un monde post-occidental.
Thème central : «Valeurs communes : fondement de la croissance dans un monde multipolaire». Une référence directe à la volonté russe de structurer une économie globale décentralisée, affranchie des diktats occidentaux.
20 000 représentants de 140 pays, malgré les pressions politiques et les risques sécuritaires. Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, a confirmé un renforcement drastique des mesures de protection face aux «menaces du régime de Kiev».
La présence de l’Indonésien Prabowo Subianto – qui a décliné l’invitation au sommet du G7 au Canada – illustre le basculement des alliances. Il est qualifié par Poutine d’«invité principal» du forum.
La plénière : une tribune pour l’axe multipolaire
Dans une allocution annoncée comme «longue et détaillée» par Peskov , le président russe a:
– Analysé l’environnement économique et politique mondial, insistant sur la résilience de la Russie face aux sanctions.
– Défini les relations avec les partenaires stratégiques, notamment les BRICS et les pays du Golfe, soulignant que «la coopération internationale doit reposer sur le respect mutuel, hors de toute coercition».
– Évoqué les crises brûlantes, dont l’escalade Iran-sionistes, rappelant que Moscou maintient un «dialogue technique» avec Washington sur ce dossier.
Table ronde des leaders émergents
Modérée par le journaliste émirati Nadim Koteich (Sky News Arabia), la session a réuni :
– Prabowo Subianto (Indonésie) : Premier déplacement à l’étranger en tant que président.
– Nasser bin Hamad Al Khalifa (Bahreïn) : Commandant de la Garde royale et émissaire clé du Golfe. Poutine l’a rencontré en amont pour évoquer les 35 ans de relations diplomatiques et la crise moyen-orientale.
– Ding Xuexiang (Chine) : Représentant de la deuxième économie mondiale, vantant les avancées technologiques communes (IA, énergie).
– Paul Mashatile (Afrique du Sud) : Pilier africain des BRICS, appelant à une «dédollarisation accélérée».
Chiffres clés
– 150 événements annexes (panels, petits-déjeuners économiques).
– 5 000 T-shirts distribués avec citations de Poutine et Lavrov, symbole de soft power.
Technologie et corridors économiques
Poutine a salué les percées chinoises en intelligence artificielle, «dix fois moins chères et plus efficaces que leurs concurrentes». Un accord entre le Fonds d’Investissement Direct Russe (RDIF) et la plateforme chinoise Qifa a été signé pour booster le commerce numérique transfrontalier.
– Énergie : Le ministre russe Sergey Tsivilev a proposé au Mexique des livraisons de GNL et un transfert de technologies, élargissant l’influence russe en Amérique latine.
Infrastructures globales
– Route maritime arctique : Alexeï Tchekounkov, ministre du Développement de l’Extrême-Orient, a présenté le couloir transarctique comme une «artère vitale» reliant la Russie au Sud Global. Plus de 1000 projets y sont lancés, pour 25 milliards de dollars d’investissements.
– BRICS+ : L’ex-présidente brésilienne Dilma Rousseff, désormais à la tête de la Banque des BRICS, a plaidé pour une architecture financière alternative face au FMI.
Sécurité et diplomatie : l’ombre des conflits
Malgré l’agenda économique, les tensions planent :
– Iran-Occupant sioniste : Poutine a maintenu des canaux ouverts avec Netanyahu, tout en critiquant discrètement l’attaque sioniste contre l’Iran, qualifiée par un analyste présent de «déstabilisatrice pour l’ordre énergétique».
– Ukraine : Le Kremlin a remercié le Vatican et d’autres acteurs pour leurs efforts de médiation, tout en dénonçant «le régime de Kiev».
Calendrier stratégique
Le SPIEF 2025 n’est pas qu’un forum économique : c’est dit-on l’acte de naissance diplomatique d’un monde rééquilibré. Alors que Poutine a défini les vecteurs d’action pour les entreprises et régions russes – priorisant la tech, les partenariats non-occidentaux et l’intégration eurasiatique –, un message clair a été envoyé à l’Occident : la multipolarité n’est plus un concept, mais une réalité opérationnelle.
S.M.