Alors que les prix tanguent et que la spéculation guette, Amel Abdelatif promet une révolution du commerce national. Une feuille de route ambitieuse, mais confrontée à des obstacles structurels qui pourraient la freiner.
Par S. M.
La présentation d’Amel Abdelatif devant la Commission des affaires économiques de l’APN aura confirmé une chose : le ministère du Commerce veut désormais jouer un rôle pivot dans la protection du pouvoir d’achat et la stabilisation du marché. Traçabilité numérique, lutte anti-pénurie, refonte des lois commerciales : la ministre avance une architecture complète de modernisation. Mais derrière cette vision solide se profile un défi immense, celui de transformer un secteur travaillé par l’informel, les inerties administratives et les fragilités logistiques.
La ministre met au centre de sa stratégie un virage numérique profond : suivi des marchandises en temps réel, surveillance instantanée des prix, systèmes d’alertes destinés à prévenir les spéculations.
Sur le principe, cette mutation s’inscrit dans le mouvement global de digitalisation de l’économie nationale.
Sur le terrain, elle se heurte à un enjeu majeur : l’hétérogénéité du tissu économique. Entre les réseaux modernes des grandes villes et les zones où la connectivité demeure instable, l’efficacité des plateformes dépendra de la capacité réelle des opérateurs à s’adapter et à se former. La technologie existe, mais son intégration reste incertaine.
Autre pilier de la feuille de route : la lutte structurelle contre les manipulations de prix. Abdelatif met en avant la création de nouveaux laboratoires de contrôle, l’arrivée de laboratoires mobiles de fabrication algérienne et un renforcement du contrôle sur le terrain. Ce sont des avancées indéniables. Mais elles ne suffisent pas à neutraliser un phénomène profondément enraciné, où la spéculation trouve souvent refuge dans les failles logistiques, l’opacité des intermédiaires et la puissance du commerce informel. Le ministère attaque le symptôme, la guérison exigera un traitement de fond.
C’est ici qu’intervient la réforme législative annoncée : une révision complète des textes encadrant l’activité commerciale, le e-commerce, la protection du consommateur et la facturation. Une réforme nécessaire, attendue, structurante. Mais aussi une réforme lourde, exigeant une coordination interministérielle, un engagement parlementaire soutenu et une forte pédagogie auprès des opérateurs. La ministre parle de transparence, les acteurs, eux, devront absorber un choc réglementaire d’envergure.
Face aux inquiétudes saisonnières, Abdelatif promet une disponibilité totale des produits de large consommation durant le Ramadhan : marchés de proximité, promotions encadrées, coordination nationale. Des mesures rassurantes, mais conjoncturelles. Les vraies réponses se trouveront dans la modernisation durable des circuits de distribution, notamment dans les wilayas du Sud encore dépendantes d’un transport coûteux et irrégulier.
En définitive, la stratégie du ministère est cohérente, ambitieuse, nécessaire. Mais elle se déploie dans un écosystème où les défis structurels peuvent freiner le meilleur des programmes. La vision est posée. Reste à prouver sa capacité à transformer un marché national encore fragmenté, fragile et profondément hétérogène.
S. M.
