La Conférence ministérielle africaine sur la production locale de médicaments et sur les technologies de santé s’est achevée hier, avec l’adoption de la «Déclaration d’Alger», un texte qui vise à renforcer la souveraineté sanitaire du continent.
Ce document constitue une plateforme commune pour développer l’industrie pharmaceutique africaine et réduire la dépendance aux importations. Réunis pendant trois jours au Centre international des conférences «Abdelatif Rahal», les ministres de la Santé et de l’Industrie pharmaceutique ainsi que des représentants d’organismes africains et internationaux ont débattu des moyens de stimuler la production locale de médicaments et de technologies de santé. La déclaration, présentée par le ministre de l’Industrie pharmaceutique, Wassim Kouidri, a été approuvée par 29 pays participants. La «Déclaration d’Alger» énonce treize engagements pour atteindre la sécurité sanitaire du continent.
Les États africains signataires s’engagent notamment à renforcer les pôles de production pharmaceutique et vaccinale à l’échelle locale et régionale, en tirant parti des opportunités offertes par la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). La déclaration encourage également le développement de partenariats durables entre secteurs public et privé afin d’accroître les capacités industrielles et stimuler les investissements à long terme. Un autre axe majeur concerne la régulation. Les signataires promettent de renforcer les agences nationales et d’accélérer l’harmonisation réglementaire via l’Agence africaine du médicament et le Programme africain d’harmonisation des systèmes de régulation. Les plans de développement institutionnel viseront à atteindre au moins le niveau 3 de maturité réglementaire, garantissant la qualité, la sécurité et l’efficacité des produits de santé. La déclaration prévoit également la reconnaissance mutuelle des décisions réglementaires au sein des communautés régionales pour faciliter l’accès rapide aux produits pharmaceutiques. Le texte souligne aussi le rôle central du transfert de technologies et de l’innovation locale. Les participants s’engagent à renforcer la coopération entre universités, instituts de recherche et industrie afin de développer le capital humain et les écosystèmes d’innovation.
Un programme d’action concret
Par ailleurs, les institutions financières africaines et internationales, telles que la Banque africaine de développement, Afreximbank et la Banque islamique de développement, sont invitées à créer des mécanismes de financement innovants pour soutenir producteurs et agences d’approvisionnement et faciliter l’accès à des crédits préférentiels. Pour garantir l’accès aux marchés et stabiliser les prix, la déclaration prévoit également de renforcer les mécanismes d’achat groupé aux niveaux régional et continental. L’intégration de la production locale dans les politiques de soins de santé primaire est également encouragée afin d’assurer un accès équitable aux médicaments et vaccins, conformément aux objectifs de couverture sanitaire universelle.
Enfin, la «Déclaration d’Alger» appelle à des échanges réguliers entre pays africains, autorités de régulation, industriels et partenaires pour évaluer les progrès, identifier les défis et renforcer la souveraineté pharmaceutique du continent. Lors de la séance d’adoption, le ministre a souligné que l’Afrique se trouve face à une «responsabilité historique» en matière de sécurité sanitaire, appelant à transformer la Déclaration d’Alger «en un programme d’action concret, assorti de réalisations palpables pour chaque citoyen africain». Il a également mis en avant la nécessité de lever les obstacles réglementaires entravant le commerce des produits pharmaceutiques, d’harmoniser les cadres législatifs nationaux, de créer une plateforme continentale de mutualisation des commandes de matières premières, et de renforcer la coopération industrielle fondée sur les capacités technologiques de chaque pays.
La Déclaration d’Alger s’inscrit pleinement dans les objectifs de l’Agenda 2063 de l’Union africaine, notamment ceux liés au renforcement des systèmes de santé, tout en rappelant les vulnérabilités révélées par la pandémie de Covid-19. Elle appelle à bâtir une industrie pharmaceutique africaine durable, innovante et indépendante des fluctuations des chaînes d’approvisionnement mondiales.
Islam K.
