Par S. Méhalla
Rien n’est joué. C’est le message limpide, presque cinglant, qu’Ahmed Attaf a livré dans cet entretien où la diplomatie algérienne a repris tout son sens : celle du verbe clair, du droit ferme et du refus catégorique de la supercherie politique.
À l’entendre, le Maroc a voulu forcer la porte du Conseil de sécurité avec un «plan d’autonomie» aussi creux qu’une promesse électorale. Quatre pages de vide politique, sans substance, sans consultation, sans souffle. Et pourtant, Rabat s’en félicite, comme si le monde s’était rangé derrière son mirage.
Mais les faits, eux, sont têtus.
Aucun membre sérieux de la communauté internationale n’a vu dans ce texte un cadre crédible de règlement. Les diplomates américains, les représentants onusiens, les observateurs africains ont tourné autour du document comme on contourne une illusion sans ombre. La résolution adoptée à New York n’a rien d’une victoire chérifienne : elle n’entérine ni la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, ni la disparition du référendum d’autodétermination. Le Makhzen s’agite, mais le droit demeure. Et dans ce théâtre d’ombres, c’est Alger qui, patiemment, a replacé les principes au centre de la scène.
La vérité, c’est que le Royaume confond agitation diplomatique et légitimité historique. Il croit que la répétition crée la réalité, que l’écho vaut reconnaissance. Mais un mensonge mille fois martelé reste un mensonge, surtout face au texte fondateur de la résolution 1514, ce socle de la décolonisation mondiale que l’Algérie elle-même inspira.
Le Sahara occidental n’est pas une variable d’ajustement, encore moins un territoire de propagande. C’est un dossier de décolonisation, point final.
Ce que l’Algérie défend, c’est l’ordre international dans sa pureté première, celle des principes et non des pressions. Elle le fait sans cris, sans drapeaux agités, mais avec la rigueur du droit et la constance du temps long. Face aux coups de menton, elle oppose la légitimité, face aux manœuvres, la mémoire des peuples. Car il n’est pas de victoire diplomatique qui puisse effacer la promesse d’un peuple à disposer de lui-même.
À Rabat, on s’auto-congratule.
À Alger, on agit.
Dans les chancelleries, on sait que le Maroc a échoué à faire de la MINURSO un instrument de sa politique. Le Conseil de sécurité a, au contraire, recentré la mission sur sa raison d’être : l’organisation d’un référendum. C’est cela, le cœur de la bataille : maintenir vivant ce mot redouté par le Makhzen — autodétermination.
Attaf l’a dit sans emphase, mais avec la gravité d’un diplomate qui mesure le poids des mots. Derrière sa sobriété, c’est tout un pays qui parle : celui qui a conquis sa liberté au prix du sang, et qui ne laissera pas l’histoire s’écrire à rebours.
Le Maroc a voulu transformer une défaite diplomatique en triomphe symbolique. Mais les applaudissements d’auto-satisfaction résonnent creux, comme les tambours d’une parade sans armée. Le Sahara occidental reste ce qu’il a toujours été : un test de sincérité pour le droit international. Et dans cette épreuve, l’Algérie, fidèle à sa doctrine, ne vacille pas.
Rien n’est joué, non. Et c’est précisément ce qui dérange ceux qui ont cru pouvoir imposer un destin sans le peuple.
S.M.
