Les démons qui minent notre corporation, autrefois confinés dans les salles de rédaction, sont aujourd’hui, réseaux sociaux aidant, étalés au grand jour.
Au vu et au su de tous. Le lecteur, tout aussi présent sur ces espaces, ne mérite certainement pas ce spectacle désolant. N’en a cure de ces guéguerres fratricides qui ne le concernent nullement, lui qui attend avant tout d’être informé correctement.
Lui qui, jusque-là, considérait le journaliste comme un «faiseur d’opinion», aura aujourd’hui sa propre opinion sur le mal profond qui ronge notre métier.
C’est quand même bas de sortir des trous ou de ressortir des conflits personnels, sûrement souvent mesquins, et mobiliser en parallèle, toute une artillerie sur les réseaux sociaux notamment, pour s’entretuer rien que pour satisfaire des egos inassouvis.
Nous parlons ici d’une certaine élite médiatique qui trouve en une occasion par le pur hasard jumelés la journée de la liberté de la presse et les législatives du 2 juillet prochain à laquelle beaucoup de confrères vont prendre part, le moyen, l’occasion idoine, de se refaire une santé, un nom, une carrière, le monde… mais à l’envers.
Malheureusement. Au lieu de faire le point, de replacer la presse nationale dans son juste contexte actuel en «évolution» permanente, et qui fait face à des interdits, des menaces, des risques de disparition qui appellent à mettre nos différends de côté si l’on veut encore réellement exister en tant que tels, on s’échine à la vitesse d’une balle assassine à relever sinon à carrément pointer du doigt accusateur, le moindre geste et fait des confrères. Tel «mec» pourtant «opposant» a rencontré Tebboune. Voué donc aux gémonies.
Tel autre confrère s’est présenté aux élections. Ah, la fameuse mangeoire ! Dis donc ! Un journaliste, «opposant» ou pas, n’a-t-il pas droit de rencontrer le chef de l’Etat, de s’entretenir avec lui, de le saluer ? Un journaliste n’a-t-il pas le droit de se porter candidat à une élection ?
Pour cette élite en rupture de ban avec son milieu qui se croit au dessus de la mêlée, être journaliste, c’est tout rejeter : la main tendue, le débat censé être au cœur du métier…
Le journaliste est avant tout un citoyen, avec ses droits et ses devoirs. Au lieu de s’organiser, de défendre ce noble métier pour lequel beaucoup de confrères se sont sacrifiés, on s’enlise davantage dans nos travers. Et pourtant, tout ce beau monde qui parle, écrit, critique, dénigre, accuse, fabrique des preuves, et toute ce brouhaha qui anime ces non-débats, s’accordent sur une même conclusion : «c’est parce que nous voulons du bien au pays». Paradoxe.
Vous voyez ? Avec ce genre d’egos démesurés, l’Algérie d’en haut comme ils la qualifient parfois, ou celle du peuple d’en bas (pour reprendre Jack London), ne peut aucunement s’en sortir. Encore moins avec des esprits tordus et hostiles à tout débat constructif sans invective ni haine.
Saïd Mekla
