Aucun consensus n’a émergé en faveur de sanctions diplomatiques ou économiques crédibles, telles que la suspension d’accords, le rappel d’ambassadeurs ou l’utilisation de leviers commerciaux ou énergétiques.
Le sommet arabo-islamique de Doha, tenu dans un contexte régional d’une extrême tension, devait constituer un tournant : traduire la colère populaire face au drame de Ghaza en décisions effectives. Le communiqué final s’est limité à un appel à «réévaluation» des relations avec l’entité sioniste, sans mécanismes d’application ni calendrier précis. Cette prudence est significative : elle révèle l’écart entre la rhétorique et la capacité réelle des États à imposer des coûts à l’occupant. Aucun consensus n’a émergé en faveur de sanctions diplomatiques ou économiques crédibles, telles que la suspension d’accords, le rappel d’ambassadeurs ou l’utilisation de leviers commerciaux ou énergétiques. Le discours du président libanais Joseph Aoun, qui a menacé d’agir si l’Initiative de paix arabe de 2002 restait lettre morte, est resté à ce stade principalement symbolique.
Une impuissance révélée par le poids des alliances
Cette faiblesse apparente s’inscrit dans un cadre géopolitique où l’influence américaine et le soutien occidental à l’entité sioniste restreignent la marge de manœuvre arabe. L’incident ayant affecté le Qatar, malgré sa proximité avec Washington, et la réaction mesurée de la Maison-Blanche ont renforcé la perception d’un déséquilibre de protection. Dans ces conditions, la simple condamnation publique perd de son efficacité si elle n’est pas adossée à des instruments de pression coordonnés et répétitifs. L’expérience d’un demi-siècle de sommets et de communiqués montre qu’une succession d’appels solennels, sans suite, n’a pas suffi à dissuader des politiques soutenues par des puissances extérieures.
Or, tandis que les dirigeants débattaient dans la capitale qatarie, Ghaza continuait de subir un siège implacable. Les bombardements sionistes, redoublés durant la période du sommet, ont causé des centaines de morts supplémentaires et déplacé des milliers de familles. Les hôpitaux, déjà saturés, ont fonctionné sans électricité ni matériel médical suffisant, obligeant les soignants à pratiquer des opérations dans des conditions dramatiques. Les infrastructures vitales – eau, électricité, routes – ont été détruites, aggravant la détresse humanitaire. La population civile, privée d’accès à l’aide humanitaire et prise en étau, a regardé avec scepticisme les annonces de Doha, jugeant qu’elles restaient éloignées de leur quotidien marqué par la peur et le deuil.
Après Doha, une tragédie qui s’aggrave
Après le sommet, la situation n’a guère évolué. L’occupant sioniste a poursuivi ses offensives, multipliant les incursions terrestres et les frappes aériennes. Les promesses d’ouverture de corridors humanitaires sont restées limitées et sporadiques, souvent conditionnées aux impératifs sécuritaires imposés par l’entité sioniste. Les agences internationales ont alerté sur le risque de famine et d’épidémies dans l’enclave, où les camps de déplacés se sont transformés en foyers d’insalubrité. Dans le même temps, le Conseil de sécurité n’a pas réussi à imposer une résolution contraignante, illustrant une fois encore le blocage diplomatique qui nourrit l’impunité sioniste.
Face à cette réalité, de nombreuses voix au sein des sociétés arabes ont souligné le décalage entre les déclarations politiques et l’urgence humanitaire. Ce qui pourrait réellement embarrasser l’occupant, estiment certains experts, ce ne sont pas les déclarations saisonnières, mais une pression politique, juridique et médiatique continue, ainsi que la construction de leviers de force capables de rallier des soutiens mondiaux et de protéger ceux qui s’engagent contre la peur des tribunaux, des pertes d’emploi ou des campagnes de diffamation.
Le sommet a davantage révélé les divisions internes : certains plaident pour donner une nouvelle chance à l’Initiative de paix arabe, d’autres réclament une saisine énergique du Conseil de sécurité ou des mesures coercitives. Ce fossé constitue un risque majeur, permettant au Premier ministre sioniste Benyamin Netanyahou, soutenu par Washington, de capitaliser sur l’absence de front uni pour poursuivre sa stratégie régionale. La visite concomitante du sénateur américain Marco Rubio en entité sioniste a renforcé l’impression d’un alignement américain sur les positions sionistes, accentuant la désillusion des opinions publiques.
Pour dépasser l’impasse, trois chantiers apparaissent incontournables. D’abord, une feuille de route politique commune, avec des mesures graduées conditionnées à l’évolution de la situation. Ensuite, un renforcement de l’arsenal juridique et médiatique, afin de documenter les violations et de mobiliser des relais internationaux. Enfin, une solidarité économique et sociale concrète, incluant l’acheminement d’aide à Ghaza et la protection des acteurs internationaux qui s’y impliquent.
À défaut de ces actions coordonnées, le contraste restera criant entre la souffrance des Ghazaouis et les discours officiels. Le sommet de Doha a été perçu comme une occasion manquée. Il revient désormais aux dirigeants arabes et musulmans de transformer les paroles en actes tangibles, capables de peser sur le terrain et de redonner espoir à une population qui, chaque jour, survit sous les bombes.
Assia M.