Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a réaffirmé, hier, au président nigérien, le général d’armée Abdourahamane Tiani, le soutien indéfectible de l’Algérie au Niger et à ses institutions, au lendemain de l’envoi à Niamey de deux patrouilles d’avions de chasse algériens en soutien à l’armée nigérienne.
Ce geste marque une nouvelle étape dans l’engagement d’Alger en faveur de la sécurité et de la stabilité dans l’espace sahélo-saharien. Lors d’un entretien téléphonique, le président Tebboune s’est enquis de la situation dans le pays frère, après les événements survenus récemment dans la capitale nigérienne dans le cadre d’une tentative de déstabilisation.
Il a félicité son homologue pour les efforts ayant permis de déjouer cette tentative. De son côté, le président Tiani a assuré que «la situation est totalement sous contrôle», tout en remerciant l’Algérie pour son soutien au Niger et à son peuple. Le chef de l’Etat a, à son tour, renouvelé «l’engagement de l’Algérie à demeurer constamment aux côtés du Niger, pays frère, de son peuple et de ses institutions», et à poursuivre son soutien «dans tous les domaines et en toutes circonstances».
Un engagement inédit
Cette déclaration intervient alors qu’Alger vient de franchir un pas inédit sur le plan militaire. En réponse à une demande officielle des autorités nigériennes et sur instruction du président Tebboune, quatre avions de chasse Su-30, répartis en deux patrouilles, accompagnés d’un avion ravitailleur, ont atterri dimanche à l’aéroport de Niamey.
Leur mission consiste à apporter un soutien à l’armée nigérienne face à la tentative de déstabilisation du pays. L’image est hautement symbolique. L’Algérie, qui a historiquement fondé sa politique régionale sur le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats, montre ainsi qu’elle entend utiliser tous les moyens dont elle dispose lorsqu’il s’agit de défendre la sécurité et la stabilité de son environnement immédiat, et notamment de faire face à la menace terroriste et aux entreprises de déstabilisation qui frappent le Sahel.
Ce positionnement ne constitue toutefois pas un abandon de la doctrine algérienne. Il s’inscrit dans le cadre constitutionnel révisé qui autorise, sous certaines conditions, la participation de l’Armée nationale populaire à des opérations en dehors des frontières nationales. Dans le cas nigérien, l’élément déterminant est notamment la demande formulée par les autorités du pays concerné, ainsi que la nature de la menace à laquelle celui-ci fait face.
Stabiliser durablement la région
L’engagement algérien prend d’autant plus de relief que la région sahélo-saharienne demeure confrontée à plusieurs menaces : terrorisme, trafics transfrontaliers, criminalité organisée, circulation d’armes et réseaux de contrebande.
Pour Alger, la sécurité de son voisinage immédiat est directement liée à sa propre sécurité. La lutte contre ces menaces ne peut donc être dissociée d’une action politique, économique et sécuritaire destinée à stabiliser durablement la région.
L’Algérie entend ainsi jouer pleinement son rôle de puissance régionale, en privilégiant d’abord le dialogue, la coopération et la recherche de solutions politiques, mais sans exclure les moyens sécuritaires et militaires lorsque les circonstances l’exigent. La réaction des autorités nigériennes illustre, à cet égard, le niveau de confiance accordé à l’Algérie. Le Premier ministre nigérien, Ali Mahaman Lamine Zeine, s’est personnellement rendu à l’aéroport de Niamey pour accueillir les appareils algériens, sur instruction du président Tiani.
Il a exprimé «la profonde reconnaissance et la plus grande appréciation» de son pays pour ce geste, qu’il a qualifié d’approfondissement de la coopération entre les deux Etats. «L’Algérie considère que tout ce qui doit être fait pour aider à assurer notre sécurité et promouvoir notre souveraineté est une priorité absolue», a déclaré le Premier ministre nigérien. Des propos qui témoignent du respect de Niamey pour la position d’Alger et de la place particulière qu’occupe désormais l’Algérie dans sa stratégie de coopération sécuritaire.
Sécurité et développement
Le chef du gouvernement nigérien, qui se trouvait encore à Alger quelques jours auparavant, a également souligné l’importance de la coopération économique entre les deux pays. Sécurité et développement apparaissent ainsi comme les deux piliers de la nouvelle dynamique algéro-nigérienne.
Pour Alger, il ne suffit pas de combattre les groupes terroristes : il faut également s’attaquer aux conditions qui favorisent l’instabilité, en soutenant les Etats de la région dans le renforcement de leurs institutions, de leurs capacités économiques et de leur souveraineté. L’envoi des avions de chasse constitue, dans ce contexte, un signal particulièrement fort.
Il rappelle que l’Algérie demeure attachée à la non-ingérence, mais qu’elle considère aussi que la défense de la paix, la lutte contre le terrorisme et la protection de la stabilité régionale peuvent nécessiter une réponse concrète et, lorsque le cadre légal et la situation l’exigent, des moyens militaires.
Après avoir longtemps privilégié son influence diplomatique et politique, Alger démontre ainsi qu’elle est prête à aller plus loin pour défendre la stabilité du Sahel et du Sahara. Au Niger, pays frontalier et stratégique, ce choix prend une portée particulière : l’Algérie y affirme à la fois sa solidarité avec un pays voisin et sa détermination à ne pas laisser les menaces terroristes et criminelles s’étendre davantage dans son voisinage.
S.M
