Ces chiffres portent un double message : l’immense potentiel encore inexploité, d’une part, et, d’autre part, l’ampleur des défis à relever.
Le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, Yacine El-Mahdi Walid, a révélé lundi, au premier jour de la conférence nationale des chiffres inédits que le précédent ministre a tenté de cacher à l’opinion publique. En plus de ses vérités sur le secteur, le ministre a dévoilé la stratégie de son secteur qui vise à amorcer une «véritable révolution agricole fondée sur la science, la technologie et une volonté résolue». Comme il a évoqué nombre d’indicateurs révélateurs des défis à relever, en dépit des «ressources considérables encore inexploitées». Selon le ministre, le rendement moyen en céréales en Algérie s’élève à «environ 18 quintaux/ha», loin de la norme mondiale alors que d’autres pays ayant le même climat, atteignent plus de 35 quintaux/ha. De même, la productivité laitière des vaches «ne dépasse pas 3.000 litres par an», tandis qu’«entre 20 et 30% de la production agricole sont perdus chaque année», en raison de la faiblesse dans les chaînes de froid et de stockage.
Par ailleurs, le taux d’utilisation des techniques d’irrigation modernes «ne dépasse pas 15%» des superficies irriguées, dans un pays confronté à une baisse des ressources hydriques. Bien que l’Algérie dispose d’une superficie immense, seuls 8,5 millions d’hectares sont exploités, «soit 3,6% de la superficie totale du pays», a précisé le ministre qui a toutefois rappelé que le secteur agricole contribue à hauteur de 14,5% au PIB et génère plus de 2,6 millions d’emplois. «Ces chiffres portent un double message : ils révèlent d’une part l’immense potentiel encore inexploité, et d’autre part l’ampleur des défis à relever», a-t-il affirmé. En tête des priorités du processus de transformation visé par le secteur figure le lancement d’une «véritable révolution» dans la gestion de l’eau, à travers l’augmentation du taux d’irrigation goutte-à-goutte et le recours aux eaux traitées en agriculture, a précisé Walid, soulignant que «seulement 7% des 100 milliards de m³ de précipitations annuelles sont actuellement exploités». Concernant les céréales, le secteur ambitionne de porter le rendement à 35 quintaux à l’hectare d’ici cinq ans, «un objectif réalisable grâce à l’utilisation de semences améliorées à haut rendement, à l’adoption de l’agriculture de précision, au recours à l’intelligence artificielle et à l’amélioration de la fertilité des sols par des programmes scientifiques étudiés».
Un système d’information national
Par ailleurs, le ministre a révélé que son département œuvre à la création d’un «système d’information national unifié» permettant de «prendre des décisions basées sur des données précises et de mettre fin aux estimations aléatoires». En parallèle, il est prévu le recours aux satellites et aux drones pour le suivi des terres agricoles, ainsi que l’intégration des technologies modernes, en tirant parti des résultats des recherches universitaires et des efforts des start-up actives dans les domaines de l’agriculture intelligente, de la gestion moderne et de l’amélioration de la productivité. S’agissant de l’agriculture saharienne, le ministre a mis en avant les superficies exploitables pour les cultures stratégiques, estimées à un million d’hectares, en plus des importantes réserves d’eau souterraine, ce qui érige cette agriculture en un «réservoir stratégique pour la sécurité alimentaire nationale».
Le Sud algérien au cœur de la stratégie nationale
Yacine Walid a tracé les grandes lignes du futur modèle agricole algérien, fondé sur la numérisation, la recherche scientifique et la valorisation du potentiel du Sud. Il a affirmé que l’avenir de l’agriculture algérienne «se situe dans les wilayas du Sud, où les conditions naturelles et hydriques offrent un avantage stratégique considérable». Selon lui, les réserves d’eaux souterraines dans ces régions «sont parmi les plus importantes au monde, atteignant près de 60.000 milliards de m3», selon les estimations des experts internationaux.
«C’est un capital hydrique exceptionnel que nous devons exploiter de manière rationnelle pour assurer notre sécurité alimentaire», a-t-il déclaré, ajoutant que la productivité agricole dans ces régions «dépasse largement la moyenne nationale». Le ministère s’appuie sur les résultats de la recherche universitaire et sur le dynamisme des start-up algériennes spécialisées dans l’agriculture intelligente, la gestion des ressources et l’amélioration du rendement. La conférence nationale sur la modernisation de l’agriculture réunit près de 1.000 experts nationaux et étrangers, répartis sur huit ateliers thématiques destinés à proposer des solutions concrètes pour transformer le secteur. Les conclusions et recommandations issues de ces travaux seront transmises aux hautes autorités afin d’orienter les politiques agricoles à venir.
Mahmoud Tadjer
