L’ancienne ministre a assuré devant la presse qu’elle avait informé Emmanuel Macron de son initiative et qu’elle comptait, à son retour en France, lui transmettre les éléments dont elle dispose.
Alors que la crise diplomatique entre la France et l’Algérie s’enlise et que les canaux officiels sont quasiment rompus, l’ancienne ministre française Ségolène Royal s’est posée en médiatrice lors d’une visite de quatre jours en Algérie. Un déplacement présenté comme un succès pour l’ex-candidate à la présidentielle de 2007.
À Alger, Ségolène Royal a plaidé pour une amitié «réparée» entre les deux pays, insistant sur le «respect de la souveraineté algérienne» et affirmant croire à un apaisement possible. Selon elle, sa démarche aurait permis d’obtenir des avancées qu’aucun responsable officiel français n’aurait pu espérer dans le contexte actuel.
A-t-elle inauguré une nouvelle forme de diplomatie parallèle entre Paris et Alger, en l’absence d’ambassadeurs et de contacts officiels ? Cherche-t-elle à amorcer une sortie de crise ? Autant de questions qui demeurent sans réponse. Toujours est-il que ses rencontres au plus haut niveau de l’État algérien lui confèrent, désormais, un rôle notable dans la perspective d’une réconciliation bilatérale.
L’urgence économique
Dans un entretien publié vendredi par le magazine Figures publiques, relevant du Sénat français, Ségolène Royal est revenue sur son séjour algérien et a plaidé pour une reprise des coopérations, notamment en matière de renseignement et de lutte antiterroriste. Elle a également appelé à une relance des relations économiques, évoquant les visites prochaines du ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, ainsi que du président du Medef.
Elle a assuré devant la presse qu’elle avait informé Emmanuel Macronde son initiative et qu’elle comptait, à son retour en France, l’«aider en lui donnant les éléments dont je dispose» recueillis pendant son séjour «parce que c’est dans l’intérêt de la France», dit-elle. Outre la restitution des biens culturels spoliés sous la colonisation, elle a préconisé que le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, relance sa visite programmée à Alger tout comme le président du Medef, le premier syndicat patronal français. «C’est de l’intérêt de la France de venir sur place et régler les problèmes, il faut de la coopération entre les services de renseignements» dans la lutte antiterroriste, a-t-elle déclaré. Selon elle, raviver les liens économiques est essentiel «avant qu’il ne soit trop tard», et faire en sorte que «la France ne soit pas remplacée par la Chine, la Russie, la Turquie, les autres pays européens, comme ça s’est passé ailleurs en Afrique». La rencontre prévue au printemps 2025 à Paris entre le Conseil du renouveau économique algérien (CREA) et le Medef avait été annulée à la dernière minute en raison des tensions diplomatiques.
Des signaux d’apaisement
Concernant la visite du ministre français de l’Intérieur à Alger, Laurent Nuñez a confirmé vendredi la reprise des contacts techniques entre les services des deux pays, tout en reconnaissant que les discussions demeurent «difficiles».
Sur le plan humanitaire, Ségolène Royal a annoncé avoir obtenu le transfert du journaliste français Christophe Gleizes de la prison de Tizi-Ouzou vers celle de Koléa, près d’Alger. Condamné à sept ans de prison pour apologie du terrorisme, le journaliste a pu recevoir la visite de l’ancienne ministre, devenue récemment présidente de l’Association France-Algérie (AFA).
Un geste humanitaire salué par la famille
Ce transfert, salué comme un «geste humanitaire» par Ségolène Royal, vise à rapprocher le détenu de sa famille et à faciliter les visites. À part ses parents et le cardinal franco-algérien d’Alger, Jean-Paul Vesco, Christophe Gleizes, n’a reçu aucune «autre visite», a rappelé l’ancienne ministre. Elle a également indiqué avoir appuyé la demande de grâce formulée par les proches de Christophe Gleizes auprès du président Abdelmadjid Tebboune.
Selon ses proches, le journaliste se montre déterminé et serein. «Il lit beaucoup, notamment sur l’Algérie, fait du sport et ne manifeste ni acrimonie ni ressentiment», a rapporté Ségolène Royal après sa rencontre avec lui, vendredi 30 janvier, à la prison de Koléa.
Pour la famille de Christophe Gleizes, cette visite constitue un signe encourageant. «Le simple fait qu’elle ait obtenu une autorisation est déjà positif, tant les conditions d’accès sont strictes», confient ses parents, qui ont pu se rendre à Alger à l’occasion de l’anniversaire du journaliste.
Détenu depuis le 29 juin 2025, Christophe Gleizes a été transféré vendredi de la prison de Tizi Ouzou à celle de Koléa.
H. Adryen
