La présidente de l’Association France-Algérie (AFA), Ségolène Royal, ne souhaite pas se poser en médiatrice, mais n’hésite pas à prodiguer des conseils au président Emmanuel Macron et à son ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez.
Laurent Nuñez attendu à Alger
Mme Royal encourage le président Macron à entreprendre des initiatives fortes sur le plan mémoriel, l’invitant à «briser l’immobilisme en lançant un geste historique de réconciliation et de reconnaissance». «D’autres puissances coloniales ont procédé à cette reconnaissance et présenté leurs excuses», a-t-elle déclaré. Quant à Laurent Nunez, elle lui recommande d’effectuer rapidement son déplacement prévu à Alger. «Il faut y aller», a-t-elle déclaré hier sur le plateau de TF1, précisant que le ministre est attendu sur place.
Selon Mme Royal, les reports successifs de la visite de Laurent Nunez seraient imputables à ce dernier, qui aurait posé des conditions restées ignorées par Alger. Ce dernier avait affirmé vendredi attendre des «gestes très forts sur deux sujets» : la reprise des reconductions des Algériens en situation irrégulière et le cas de Christophe Gleizes. «Il faut y aller, mais il est évident que lorsqu’on pose des conditions, c’est qu’on ne veut pas vraiment y aller», a estimé Mme Royal.
La question OQTF abordée avec Tebboune
Elle a également précisé avoir abordé la question des OQTF lors de son entretien avec le président Tebboune. «Je lui ai dit : pour les OQTF, est-ce qu’on peut faire davantage ? Il a répondu : que monsieur Nunez vienne, comme il l’avait annoncé», a-t-elle affirmé.
Ségolène Royal déplore que «beaucoup de Français et de responsables politiques exploitent cette fracture à des fins politiques et refusent de comprendre que l’Algérie a beaucoup évolué». Elle souligne que le pays investit et exporte et que tous les pays (Italie, Espagne, Allemagne, États-Unis) sont présents pour investir, sauf la France.
Mme Royal est revenue sur sa récente visite en Algérie, précisant que son objectif était «le dialogue, l’écoute, l’observation et la recherche de solutions pour l’avenir». Elle exhorte le gouvernement français à reprendre ses relations avec l’Algérie «dans les plus brefs délais» et à mettre fin à la crise diplomatique déclenchée après l’annonce du soutien de l’Élysée au plan marocain d’autonomie pour le Sahara occidental.
Elle a également révélé n’avoir pris aucune initiative personnelle pour ce déplacement : «Ils sont venus à moi, je n’ai rien demandé, car je pense qu’ils rencontraient déjà des difficultés pour agir», sans préciser à qui elle faisait référence. Mme Royal regrette que «tout soit rompu entre les deux pays, non seulement sur le plan économique, mais aussi diplomatique et consulaire». «La France et l’Algérie partagent une histoire commune douloureuse, notamment les conséquences tragiques du colonialisme, qui n’ont jamais été reconnues.»
Elle conclut sur un ton d’avertissement : «Il viendra un jour où il sera trop tard pour la France pour établir ces partenariats.»
Reprise limitée des échanges algéro-français
Selon Business France Algérie (BFA), l’organisme a récemment accompagné une délégation d’une vingtaine de professionnels algériens au 38e Salon international des techniques de production végétale (Sival), à Angers. Cette visite illustre la diversité des activités économiques entre les deux pays.
Composé de producteurs de fruits et légumes, ainsi que de responsables de stations maraîchères et arboricoles, le groupe comprenait «six invités VIP du Sival, pour une mission technique et immersive», selon BFA. Des participations individuelles de professionnels algériens sont également fréquentes dans d’autres salons agricoles français.
Durant leur séjour, les participants ont assisté à l’inauguration officielle du salon, bénéficié de visites guidées et participé à des rencontres B2B avec des fournisseurs français, experts et partenaires potentiels. Dans les filières de la pomme de terre, de l’oignon et de l’ail, où la mécanisation reste faible et les opérations encore majoritairement manuelles, ces échanges ont permis d’identifier des solutions innovantes adaptées aux réalités algériennes.
Revitalisation du partenariat économique
La délégation a également visité un verger arboricole et une station maraîchère, ainsi qu’une unité moderne de conditionnement de pommes, incluant lavage, tri et mise en caisse. BFA se félicite que ces rencontres aient permis d’identifier des leviers d’innovation pour la filière et de renforcer les partenariats entre professionnels des productions végétales des deux pays.
H. Adryen
