Entre les déclarations du ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche qui affirme qu’à partir de 2026 l’Algérie n’aura plus à recourir à l’importation de blé et l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC) qui continue de lancer des appels d’offres internationaux pour l’acquisition de blé tendre, il y a deux mondes parallèles.
La sécurité alimentaire est censée être une priorité nationale. Elle constitue un choix stratégique constant voire l’axe principal des efforts de développement socio-économique en Algérie. Pour ce faire, l’Etat veille à renforcer le développement agricole et rural durable, à travers le développement des cultures stratégiques comme les céréales, notamment les blés dur et tendre, les légumineuses, le lait, les viandes, les cultures oléagineuses et fourragères. L’Algérie aspire à réaliser l’autosuffisance en blé dur à l’horizon 2025 et l’orge en 2026, avec l’élargissement des superficies réservées à la culture du maïs et des légumineuses. A ce propos, le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, Youcef Cherfa, a affirmé, jeudi en marge de sa visite de travail et d’inspection dans la wilaya de Tébessa, que «l’année 2025 sera celle de la production céréalière par excellence en Algérie». De plus «l’année en cours sera marquée par une production abondante des différentes variétés de céréales à travers les wilayas du pays, dont Tébessa», a-t-il ajouté.
Effets d’annonce
Selon ses déclarations, cette campagne agricole 2024-2025 devrait permettre à l’Algérie de franchir un nouveau cap dans sa quête d’autosuffisance en matière de blé dur, blé tendre et orge. Dans cette optique, le ministre a rappelé que cette dynamique s’inscrit dans le cadre du programme stratégique du président de la République qui vise à mettre fin aux importations de céréales et à envisager leur exportation à moyen terme. Lors d’une déclaration à la presse à l’issue de sa visite dans la wilaya de Chlef pour superviser le lancement officiel de la campagne de moisson-battage dans les régions du Nord et des Hauts Plateaux, Youcef Cherfa a révélé que la production attendue de blé dur pour la saison agricole 2024-2025 permettra de couvrir l’ensemble des besoins nationaux en blé dur pour l’année 2026. Et de «ne plus recourir à son importation», a-t-il insisté.
La réalité du terrain
Ces annonces du ministre interviennent dans un contexte où de nombreux pays tentent de renforcer leur sécurité alimentaire face à la volatilité des marchés agricoles mondiaux et aux aléas climatiques. A cet égard, l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC) a acquis entre 550 000 et 570 000 tonnes de blé dans le cadre d’un appel d’offres international, certes, à un tarif bien inférieur à celui observé auparavant. Les blés achetés par l’Algérie proviendront majoritairement de la région de la mer Noire, avec une part significative en provenance de pays comme la Roumanie, la Bulgarie et l’Ukraine. Selon les observateurs, l’achat massif de blé par l’Algérie s’inscrit dans une stratégie globale visant à sécuriser ses approvisionnements alimentaires pour les années à venir. Janvier dernier, l’OAIC avait passé commande pour plus d’un million de tonnes de blé meunier. Le plus important achat jamais effectué à la fois durant ces dix dernières années.
Des ministres bonimenteurs
Ainsi, entre les déclarations du ministre et les acquisitions de l’OAIC, ce sont deux mondes parallèles. En somme, des paroles en l’air, des promesses auxquelles ne croient plus les Algériens. En effet, c’est sur proposition de ce même ministre que le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a ordonné l’élaboration d’un cahier des charges afin de lancer, dans les plus brefs délais, une consultation internationale avec des pays capables de fournir jusqu’à un million de têtes de bétail en prévision de l’Aïd El-Adha. Une opération dont les résultats risquent d’être remis en cause, tant l’opération n’a pas atteint les attentes escomptées. Cette incapacité à gérer un simple calendrier, traduit la grande confusion qui règne à la tête d’un ministère censé être la locomotive du redressement économique du pays. En effet, les citoyens retiennent cette incapacité à faire fonctionner un cahier des charges qu’il a lui-même confectionné.
Le cas de Youcef Cherfa n’est pas unique. Les promesses d’autres ministres sont légion. A titre illustratif, on citera les cas de l’automobile. Un secteur qui peine à démarrer. C’est dire que le prochain remaniement ministériel risque de laisser des traces. D’autant que «les bonnes marchandises se passent de publicité», selon un proverbe chinois. Tandis qu’au premier siècle de l’ère chrétienne, alors que l’empire romain était presque arrivé à ses limites optimales, un rhéteur romain, Marcus Fabius Quintilianus, avait énoncé une célèbre maxime qui allait traverser les siècles sans jamais perdre de sa réalité tant elle colle parfaitement à la nature humaine : «Le menteur doit avoir une bonne mémoire».
Badis B.