Au deuxième jour de sa visite, le ministre de l’Intérieur, Saïd Sayoud, a eu hier un second tête-à-tête avec son homologue français, Laurent Nuñez, avant son retour à Alger le même jour.
Selon l’APS, les deux ministres ont co-présidé, lundi soir à Paris, une séance de travail élargie réunissant les délégations des deux pays. La même source précise que cette réunion a permis d’examiner «plusieurs dossiers et questions d’intérêt bilatéral», notamment ceux relevant des domaines de compétence des deux départements ministériels.
«Après un échange bilatéral entre les deux ministres, plusieurs réunions de travail entre les directeurs et représentants des ministères de l’Intérieur français et algérien, associant les responsables compétents des ministères des affaires étrangères des deux pays et du ministère de la défense algérien, ont été organisées sur les principales thématiques d’intérêt commun dans l’objectif d’amplifier les résultats déjà obtenus : sécurité intérieure et lutte contre la criminalité organisée, questions migratoires et sécurité civile», précise, pour sa part, le ministère de l’Intérieur français dans un communiqué rendu public hier.
«Les échanges menés à un niveau politique et technique ont permis de confirmer une volonté commune de renforcer la coopération franco-algérienne sur des bases pragmatiques, graduelles et orientées vers des résultats concrets pour les deux parties», souligne la même source indiquant que «la lutte contre les drogues de synthèse et les trafics de stupéfiants, la recherche des fugitifs impliqués dans la criminalité organisée, la lutte contre l’immigration irrégulière et la fraude documentaire font partie des axes de travail prioritaires».
«À ce titre, les services compétents établiront des états des lieux conjoints sur les menaces et filières identifiées, élaboreront des feuilles de route opérationnelles communes, réactiveront les mécanismes institutionnels entre police et gendarmerie et renforceront le suivi bilatéral avec des points d’étape et réunions à échéance régulière tenus à haut niveau», précise le communiqué.
Renforcer les canaux de communication
Sur la question migratoire «la gouvernance et les canaux de communication opérationnels seront renforcés dans le cadre d’une approche globale incluant les mobilités légales, les retours et la lutte contre l’immigration irrégulière», selon la même source qui fait état de «discussions, franches et pragmatiques», qui ont permis «de confirmer la reprise d’une coopération loyale».
La question de l’accord franco-algérien de 1968 «a également été abordée dans les échanges, les parties ayant décidé de travailler sur la base de propositions concrètes à venir à l’initiative de la France pour le faire évoluer», souligne la même source, précisant que les discussions ont été effectuées «dans un état d’esprit constructif et déterminé».
Elle avait pour objet, selon le communiqué, «d’évoquer avec exhaustivité les dossiers majeurs pour l’Algérie comme pour la France, avec une attention particulière et renouvelée au retour en France de notre compatriote Christophe Gleizes». Pour la partie française, «les relations institutionnelles entre la France et l’Algérie doivent être à la hauteur des liens humains profonds existants entre les deux pays».
Fait notable, la presse française dans son ensemble — presse écrite comme audiovisuelle — habituellement très réactive sur les dossiers algériens, a largement passé sous silence cette visite du ministre de l’Intérieur.
Le déplacement de Saïd Sayoud constitue l’une des séquences les plus significatives du réchauffement observé depuis plusieurs mois entre Alger et Paris, après une longue période de tensions diplomatiques ayant affecté divers volets de la coopération bilatérale.
Relance progressive du dialogue bilatéral
Cette visite intervient quelques mois après le déplacement de Laurent Nuñez à Alger, les 16 et 17 février derniers, qui avait marqué la reprise des contacts de haut niveau entre les deux ministères, dans un contexte de normalisation progressive des relations algéro-françaises.
Lundi, Saïd Sayoud s’est également rendu au siège de l’ambassade d’Algérie à Paris, où il a été reçu par le chargé d’affaires de la représentation diplomatique. Au-delà du cadre bilatéral, cette reprise du dialogue s’inscrit dans une dynamique plus large de rapprochement entre Alger et Paris, marquée par la relance des échanges institutionnels et la reprise progressive des canaux de coopération.
La France cherche ainsi à consolider ses relations avec l’Algérie dans un contexte marqué par des enjeux sécuritaires, migratoires et économiques. La coopération dans la lutte contre la criminalité organisée, la gestion des flux migratoires et le renforcement de la sécurité intérieure figure parmi les priorités françaises.
De son côté, l’Algérie s’affirme comme un partenaire stratégique incontournable, porté par une dynamique économique en évolution et une volonté de diversification de ses relations extérieures, notamment avec l’Union européenne.
H. Adryen
