Par S. M.
Dans son entretien fleuve au Journal du Dimanche (28 septembre 2025), Nicolas Sarkozy se présente en martyr d’une justice qui, dit-il, aurait «violé toutes les limites de l’État de droit». Mais derrière les phrases grandiloquentes et les poses de victime sacrificielle, une évidence crue s’impose : l’ancien président français ne fournit aucune preuve concrète de son innocence. Pas une ligne de contre-argumentation factuelle. Pas une antithèse sérieuse aux accusations précises publiées depuis des années par Mediapart, qui a documenté, pièces en main, les soupçons de financement libyen de sa campagne de 2007.
À la place, Sarkozy se drape dans une France abstraite, transformant son cas judiciaire en combat national. «Ce n’est pas moi qu’on humilie, mais la France», lance-t-il. L’argument est habile, mais fallacieux : Une République n’est pas réductible à la carrière d’un homme. Derrière cette rhétorique se cache l’incapacité de l’ex-président français de répondre sur le fond.
Car le fond, justement, est implacable. Sarkozy s’accroche à son honneur personnel alors qu’il porte sur ses épaules un crime autrement plus grave, celui que l’Histoire retiendra : l’intervention militaire en Libye, menée en 2011 avec le philosophe Bernard-Henri Lévy en porte-voix et l’OTAN en bras armé. Une guerre déclenchée au nom des droits de l’homme mais qui, dans les faits, a plongé un pays dans le chaos, ouvert la voie aux milices islamistes, déstabilisé toute la région sahélienne et ensanglanté l’Afrique du Nord pour des décennies.
Le «printemps libyen» voulu par Sarkozy s’est terminé par la capture, la torture et l’assassinat de Mouammar Kadhafi dans un fossé de Syrte. Cette mort, survenue dans des conditions abjectes, fut le point d’orgue d’une opération que beaucoup d’observateurs décrivent comme un règlement de comptes politique camouflé en croisade humanitaire.
Aujourd’hui, Sarkozy ose se présenter comme victime d’un «acharnement judiciaire». Mais la vérité est que cet acharnement, s’il existe, n’est rien à côté de l’acharnement qu’il a imposé à la Libye.
Des centaines de milliers de vies ont été broyées dans les ruines de Tripoli, Benghazi ou Syrte. Des millions de Libyens survivent encore dans un pays fracturé, sans État ni avenir, livré aux seigneurs de guerre et aux trafiquants.
En refusant d’assumer cette responsabilité historique, en se réfugiant derrière une France «humiliée» pour esquiver ses propres comptes, Sarkozy creuse encore davantage le gouffre entre sa parole et la vérité. La justice française pourra le juger sur les financements occultes. Mais l’Histoire, elle, l’a déjà condamné pour le crime suprême : avoir détruit un pays.
S.M.
