«En dépit des efforts consentis par les pouvoirs publics et les différentes réformes initiées depuis l’indépendance, la réalité de notre système de santé demeure préoccupante».
C’est ce qu’a indiqué, hier, le premier secrétaire national du Front des forces socialistes, Youcef Aouchiche, à l’ouverture de la conférence thématique consacrée au système de santé en Algérie. Une initiative organisée au siège national du parti avec la participation de plusieurs spécialistes, dont Abdelhamid Abderkane, ancien ministre de la Santé et ex-président du Conseil exécutif de l’OMS ; du professeur émérite des universités, le professeur Brahim Brahamia et de l’ancien professeur à la faculté de médecine d’Alger, le professeur Farid Chaoui. Cette conférence, faut-il le souligner, a été organisée dans un contexte marqué par la résurgence de la diphtérie, notamment dans la wilaya de Skikda, causant deux décès dont un ressortissant étranger et d’une fillette âgée de 12 ans, selon un communiqué du ministère de la Santé.
Un «modèle de société» à parfaire
Abordant la question de la santé publique en Algérie, confronté à des défis notables, notamment une dualité entre les secteurs public et privé, le premier responsable du FFS a affirmé que «la santé publique en Algérie n’est pas une question marginale ou sectorielle : elle est le reflet de notre modèle de société, l’expression la plus sensible et la plus directe du rapport entre l’État et le citoyen». Et d’affirmer que l’organisation de cette journée thématique, «traduit la volonté profonde du parti de contribuer de manière constructive au changement, en initiant des débats de fond sur les enjeux majeurs de notre société et en formulant des propositions concrètes». Youcef Aouchiche précisera que «le FFS a choisi d’en faire, aux côtés de l’Education, le thème central de sa conférence annuelle socio-économique», soulignant que cette démarche «s’inscrit dans la continuité du combat historique du FFS pour la dignité humaine, la justice sociale et l’égalité en termes d’accès aux droits fondamentaux». Toujours à propos de la santé publique en Algérie, le premier secrétaire national du FFS dit s’opposer «de manière formelle à l’aspect binaire de ce modèle, à savoir une posture intellectuelle et politique qui repousse aussi bien les discours alarmistes du désespoir que les narratifs complaisants du statu quo et de l’autosatisfaction».
De graves incohérences
«Nous sommes convaincus que seul un dialogue lucide et exigeant peut éclairer les chemins de la réforme et du changement», plaidera-t-il avant de dresser un tableau mitigé de la santé publique en Algérie, en soutenant qu’en dépit des réformes entreprises depuis l’indépendance, ce secteur reste valétudinaire et chancelant. «Il souffre de graves incohérences en matière de gouvernance, de management et d’évaluation de la performance», a-t-il mis en exergue. Pour étayer son constat alarmant du secteur, Youcef Aouchiche a souligné : «Bien que les dépenses de santé aient connu une hausse significative à travers les années, elles n’ont pas permis d’enrayer la dégradation continue des services, des infrastructures et de la qualité des soins». Plus grave, «nos hôpitaux et nos infrastructures sanitaires sont en souffrance, le diagnostic est implacable: le vécu quotidien de nos concitoyens, les souffrances silencieuses dans les couloirs des hôpitaux, l’impuissance des personnels médicaux, la marchandisation galopante des soins», a-t-il énuméré en mettant en exergue le fait que «les inégalités territoriales en termes de couverture sanitaire ne font qu’aggraver cette situation où les familles peinent à faire face à des coûts médicaux exorbitants, alors même que la Constitution garantit la gratuité de l’accès aux soins».
Des réformes profondes
Face à cette situation qui «n’augure pas des lendemains meilleurs», Youcef Aouchiche a suggéré «une réforme profonde» en mettant en évidence le fait que «la santé publique ne peut être redynamisée que par un projet politique global», enraciné dans une vision stratégique à long terme, et inspirée par des valeurs de justice sociale, de solidarité et de rationalité démocratique».
Et parce que pour le FFS «la santé n’est pas une affaire technique, mais plutôt une question politique, éthique et sociale», pour bâtir un système de santé plus juste, plus efficace et plus humain, Youcef Aouchiche propose «la primauté du service public sur le marché», avec une politique claire de réhabilitation, de financement et de gouvernance des hôpitaux publics, la transparence dans la gestion du secteur, en valorisant les ressources humaines par des conditions de travail décentes et surtout «la territorialisation du secteur en adoptant les politiques aux besoins spécifiques de chaque région, tout en en associant les citoyens aux décisions».
Ferhat Zafane
