L’Algérie s’efforce de gérer ses ressources hydriques de manière durable face aux défis du stress hydrique.
Face à la diminution des ressources en eau due aux changements climatiques, l’Etat s’est engagé à réaliser la sécurité hydrique. Un engagement réitéré, jeudi, par le ministre de l’Hydraulique, Taha Derbal. Intervenant lors d’une séance plénière consacrée aux questions orales au Conseil de la nation, le ministre a précisé qu’en sus de la construction de barrages et le dessalement d’eau de mer, l’Etat a opté pour l’utilisation des eaux usées traitées dans le secteur agricole, qui consomme près de 70% des ressources hydriques mobilisées annuellement. L’utilisation de ces eaux dans l’agriculture constitue l’un des axes stratégiques adoptés par les pouvoirs publics pour préserver les ressources hydriques, outre la politique d’interconnexion des barrages pour une répartition équilibrée des ressources entre les différentes régions, ainsi que les projets des grands transferts depuis les zones riches en ressources en eau vers les zones affectées par le stress hydrique, a-t-il dit.
Le recyclage des eaux usées, bien que sous-exploité, s’impose comme une solution prometteuse pouvant alléger un tant soit peu la pression sur les ressources hydriques. Le président de la République avait instruit le gouvernement à réagir pour augmenter le volume des eaux traitées et épurées à l’horizon 2027. Une importante enveloppe financière de 34 832 milliards de dinars avait été mobilisée pour la prise en charge de ce volet. Selon les chiffres, l’Algérie dispose actuellement de 240 stations d’épuration des eaux usées (STEP). Le volume d’eaux usées rejeté est estimé à 3 millions de m3/jour, dont moins de 50% (1,4 million de m3/jour) sont effectivement épurés. D’ici 2030, l’objectif est de doubler cette capacité d’épuration. Le nombre de STEP reste cependant insuffisant, avec seulement 0,0052 installation pour 1000 habitants. De nouveaux efforts sont donc nécessaires pour augmenter les capacités de traitement. D’autant que les professionnels du secteur disposent aujourd’hui des technologies adaptées pour mettre en place différents usages des eaux usées traitées, tout en maîtrisant les risques sanitaires.
Dessalement, l’autre défi
Le dessalement de l’eau de mer s’est affirmé comme l’un des piliers fondamentaux de la politique hydrique algérienne. Dotée d’une enveloppe d’environ 2,4 milliards de dollars, la première phase du programme gouvernemental a vu la réalisation de 5 grandes usines de dessalement dans les wilayas d’El Tarf, de Boumerdès, de Tipasa, d’Oran et de Béjaïa. Ces installations ont une capacité de production unitaire de 300.000 m³ par jour. La mise en service de ces 5 premières installations portera le nombre total de stations de dessalement à 19 à travers le pays, augmentant la capacité de production nationale de 2,2 millions à 3,7 millions de m³ d’eau par jour, représentant une augmentation significative de la part du dessalement dans la satisfaction de la demande nationale en eau potable, passant de près de 20% à 42%. La 2e phase, dont le lancement est prévu au début de 2026, prévoit la construction de 6 usines supplémentaires dans les wilayas de Skikda, de Jijel, de Tizi Ouzou, de Chlef, de Mostaganem et de Tlemcen. Grâce aux nouvelles infrastructures à venir, cette part devrait dépasser les 60% dans les prochaines années.
Barrages et grands transferts
Au cours du dernier quinquennat, des investissements massifs dépassant les 900 milliards DA algériens ont été alloués pour renforcer l’infrastructure hydraulique. Ces fonds ont permis la concrétisation de projets majeurs tels que le raccordement des stations de dessalement aux réseaux de distribution, la réalisation de huit grands projets de transfert (incluant l’interconnexion de barrages), et l’achèvement du mégaprojet de transfert des eaux souterraines de Guetrani vers Béchar, Abadla et Kenadsa (80 000 m³/jour).
Par ailleurs, le gouvernement s’engage dans un ambitieux programme national visant à renforcer sa capacité de mobilisation des ressources en eau de surface. A ce titre, l’Agence nationale des barrages et transferts (ANBT) a entamé des sorties sur le terrain à travers différentes wilayas du pays à la recherche de nouveaux sites pour la réalisation de barrages et de retenues collinaires.
Saïd S.