Cette rencontre intervient dans le cadre du processus de normalisation diplomatique entre les deux pays, après la crise née du changement de position de Madrid, en mars 2022, sur la question du Sahara occidental et de l’annonce de son soutien à la proposition d’autonomie avancée par le Maroc.
Le retour à la normale des relations entre l’Algérie et l’Espagne vient de franchir un nouveau cap avec le déplacement à Madrid du ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines, Ahmed Attaf, pour prendre part aujourd’hui à une réunion entre l’Algérie, la Mauritanie, le Maroc et le Front Polisario, organisée à l’ambassade des États-Unis d’Amérique. Cette réunion est conduite par MassadBoulos, représentant du président Donald Trump pour l’Afrique, et Michael Waltz, ambassadeur américain à Madrid.
L’avenir du Sahara occidental au menu
À l’ordre du jour : la question de l’avenir du Sahara occidental, ont indiqué à l’agence de presse espagnole EFE des sources du ministère espagnol des Affaires étrangères, de l’Union européenne et de la Coopération. Outre Ahmed Attaf et Manuel Albares, participeront également à la réunion : MassadBoulos, haut conseiller du président américain pour l’Afrique, Michael Waltz, ambassadeur américain à Madrid, les ministres marocains des Affaires étrangères, Nasser Bourita, et de la République arabe sahraouie démocratique, Mohamed YeslemBeissat, ainsi que Staffan de Mistura, envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU pour le Sahara occidental.
Hier, Ahmed Attaf devait rencontrer son homologue espagnol, Manuel Albares, au palais de Viana à Madrid. Cette rencontre intervient dans le cadre du processus de normalisation diplomatique entre les deux pays, après la crise née du changement de position de Madrid, en mars 2022, sur la question du Sahara occidental et de l’annonce de son soutien à la proposition d’autonomie avancée par le Maroc. Une position que l’Algérie avait considérée comme «immorale» et une fuite des responsabilités historiques de Madrid dans le conflit.
Cette rencontre devrait renforcer le retour à la normale des relations entre les deux pays et permettre de dépasser les effets de cette crise. Elle constitue une occasion pour les deux chefs de la diplomatie d’aborder les moyens de renforcer les relations bilatérales, en développant la confiance mutuelle et en approfondissant la coopération.
Un rapprochement déjà amorcé
Pour rappel, Ahmed Attaf et Manuel Albares se sont déjà rencontrés en novembre 2025 lors du sommet des chefs d’État et de gouvernement à Johannesburg, en Afrique du Sud, où ils ont tous deux consacré leur conversation au renforcement des «excellentes relations politiques, commerciales et culturelles au profit de nos peuples, de notre amitié et de notre coopération». En mars de la même année, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, avait affirmé que les relations avec l’Espagne «revenaient progressivement à la normalité», bien qu’il ait reconnu une période de froid. Mais c’est en février que Albares et son homologue algérien ont tenu leur première rencontre bilatérale depuis le déclenchement de la crise diplomatique entre les deux pays, en 2022, à la suite de l’aval espagnol du plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental.
Une réunion orchestrée par Washington
Sur la table de la réunion d’aujourd’hui figure la résolution approuvée en octobre dernier au Conseil de sécurité de l’ONU, qui donne la priorité au plan d’autonomie marocain mais rejetée par le Polisario, qui revendique l’autodétermination.
La réunion, avancée par El Confidencial et confirmée par El Independiente, doit se tenir discrètement à l’ambassade des États-Unis à Madrid. Des sources insistent sur le fait que le ministère espagnol des Affaires étrangères n’a pas participé aux préparatifs et que le choix du lieu a été une décision de Washington pour des raisons purement logistiques.
La réunion tenue à Madrid fait suite à une première rencontre organisée à la mi-janvier aux États-Unis. Au cours de cette réunion, le Front Polisario a réaffirmé sa position en faveur d’une consultation de la population du Sahara occidental, occupé par le Maroc depuis 1975. Les représentants sahraouis ont également évoqué des garanties pour les colons marocains ainsi que la possibilité d’une future coopération avec l’État marocain.
Les conditions des Américains
Washington souligne, toutefois, que les négociations doivent s’inscrire dans le cadre de la résolution 2797 du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptée fin octobre. Ce texte considère la proposition marocaine d’autonomie comme une base de discussion, sans en faire l’unique option, tout en réaffirmant le principe de l’autodétermination du peuple du Sahara occidental. Il appelle à «une solution politique définitive et mutuellement acceptable» et invite les parties à présenter des propositions en ce sens.
Smail Rouha
