«La relation avec l’Algérie est tendue. Il n’y a aucune raison de laisser perdurer un état du droit qui laisserait penser qu’on a une relation particulière avec l’Algérie.»
L’un des grands favoris à la présidentielle française de 2027, Edouard Philippe, maire du Havre et donné vainqueur au second tour devant Jordan Bardella du Rassemblement national (RN), selon une récente étude d’Odoxa-Mascaret, s’est exprimé, hier, sur le plateau de BFMTV sur la relation avec l’Algérie, prônant une normalisation de celle-ci.
L’ancien Premier ministre défend la «normalisation» des relations avec l’Algérie. «La relation avec l’Algérie est tendue. Il n’y a aucune raison de laisser perdurer un état du droit qui laisserait penser qu’on a une relation particulière avec l’Algérie (…). La normalisation, c’est le droit commun», argumente-t-il.
Ce faisant, il s’est aussi exprimé sur le regroupement familial qui permet aux étrangers résidant légalement en France depuis plus de 18 mois et 12 mois pour les Algériens de faire venir leur conjoint et leurs enfants mineurs, sous réserve du respect de certaines conditions telles que la taille du logement et le niveau de ressources.
Sur la difficulté d’expulsion des personnes sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF), il estime enfin que la France a un problème de puissance. «Si on veut faire fonctionner ces instruments, il faut qu’on soit plus puissant et qu’on fasse marcher le rapport de force», détaille-t-il.
Après un an d’interruption liée à la crise diplomatique entre la France et l’Algérie, les Algériens visés par des obligations de quitter le territoire français (OQTF) sont de nouveau expulsés vers leur pays d’origine, selon l’association la Cimade qui intervient dans des centres de rétention (CRA), où sont retenus des étrangers en situation irrégulière en vue de leur renvoi.
«Deux Algériens, retenus dans le CRA de Rennes, ont été expulsés hier [mercredi 25 mars, ndlr]», a assuré la Cimade à l’AFP. D’après l’association, la première personne était arrivée en France en 2024 et était retenue depuis deux mois en CRA et la seconde était en France depuis 40 ans, mariée avec une Française et père de trois enfants majeurs en France.
À Toulouse, dans un autre CRA, un laissez-passer consulaire, document nécessaire pour toute expulsion, a été émis la semaine dernière par l’Algérie et un vol est prévu pour ce pays, a ajouté la Cimade. Les dernières réadmissions par l’Algérie de ses ressortissants en situation irrégulière sous obligation de quitter le territoire français (OQTF) dataient du début de l’année 2025.
Immigration choisie
Lors d’un entretien accordé à l’AFP, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, avait annoncé, en début de semaine, que la reprise d’un dialogue exigeant sur le plan migratoire et sécuritaire avec l’Algérie avait produit ses «premiers résultats».
Depuis son arrivée au ministère de l’Intérieur, Laurent Nuñez a prôné l’apaisement avec Alger, se démarquant de son prédécesseur Bruno Retailleau. Dans le sillage de la visite du ministre français de l’Intérieur Laurent Nuñez en Algérie, en février dernier, Paris a décidé de nommer dans le pays un attaché de sécurité intérieure.
Concernant l’immigration, Edouard Philippe se démarque largement des autres candidats potentiels et défend le principe d’une immigration de travail «choisie et contrôlée», un regroupement familial limité. «Il faut assumer qu’on a besoin d’une immigration parce qu’on a une population active qui se contracte», déclare-t-il, rappelant que la présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, «a délivré 500.000 visas».
Interrogé sur le regroupement familial, il explique la nécessité selon lui de «faire accepter une réserve d’interprétation» de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme imposant le respect de «la vie privée et familiale» de toute personne.
«On peut aussi modifier la Constitution pour dire : voilà comment on interprète l’article 8, on a une interprétation différente et on l’assume», ajoute-t-il, sans plus de détails. La France, qui a perdu beaucoup de terrain après une amorce d’un dégel entre les deux pays face à ses deux rivaux du Sud, l’Italie et l’Espagne, n’en continue pas moins de souffler le chaud et le froid.
Après une petite accalmie, le 26 mars, le chargé d’affaires français à Alger a été convoqué par le ministère algérien des Affaires étrangères après le prolongement de la détention provisoire d’un an d’un agent consulaire algérien en France. Alger a dénoncé un «traitement inqualifiable» et convoqué son chargé d’affaires français.
Cette convocation a eu pour «objet d’élever, dans les termes les plus fermes, une protestation contre le renouvellement, pour une durée supplémentaire d’une année, de la détention provisoire d’un agent consulaire algérien», a indiqué le ministère des Affaires étrangères algérien dans un communiqué.
H. Adryen
