Face au discours diplomatique de l’ambassadeur de l’UE en Algérie, il y a la rhétorique hostile de Bruxelles.
L’ambassadeur de l’Union européenne en Algérie, Diego Mellado, a appelé à tirer le meilleur parti des ressources disponibles et des potentialités de l’Union européenne et de l’Algérie pour renforcer les relations commerciales entre les deux parties. S’exprimant, jeudi à Alger, en marge d’une rencontre organisée par l’Organisation algérienne du commerce et de l’investissement social (OACIS), avec la participation d’hommes d’affaires algériens et espagnols et de représentants de l’Autorité portuaire de Barcelone, l’ambassadeur de l’UE a salué les potentialités dont dispose l’Algérie, ajoutant que «la conjoncture actuelle est propice au renforcement des relations entre les deux parties». L’ambassadeur de l’UE, comme à son habitude, reprend les éléments de langage lorsqu’il s’adresse à un auditoire algérien, de surcroît en Algérie. En février dernier, Diego Mellado avait même affirmé que l’année 2025 sera une occasion «fondamentale» pour approfondir les relations bilatérales. Lors d’une conférence organisée par l’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI) et la Délégation de l’UE en Algérie, il avait souligné que l’Algérie «est un partenaire stratégique» de l’Europe, avec laquelle elle entretient une «relation forte, basée sur un partenariat solide, qui sera renforcée davantage au cours de l’année 2025». Discours de circonstance ou réel engagement de l’UE en faveur de l’approfondissement des relations entre les deux partenaires ? La question mérite d’être posée.
Alors la révision de l’accord d’association Algérie-UE a été actée officiellement par les deux parties, sa mise en œuvre semble en stand-by. L’Algérie critique depuis plusieurs années l’impact déséquilibré de cet accord d’association, signé en 2002 et entré en vigueur en 2005. Alger reproche à cet accord de limiter ses marges de manœuvre industrielles et de freiner le développement de sa production nationale. Bruxelles se dit prête à négocier un nouveau cadre, mieux adapté aux évolutions géopolitiques et aux ambitions industrielles des deux rives. Diego Mellado avait même annoncé, en décembre 2024, qu’«une révision de l’Accord d’association entre l’Algérie et l’Union européenne est prévue pour le début 2025». Mais cela n’a pas empêché la Commission européenne de mettre en avant les dispositions de l’accord pour contester des décisions prises par le gouvernement algérien, et d’engager, l’été dernier, une procédure de règlement des différends contre l’Algérie, qu’elle accusait de restreindre les exportations et les investissements européens par une série de mesures adoptées depuis 2021. Face au discours diplomatique de l’ambassadeur de l’UE en Algérie, il y a la rhétorique de Bruxelles qui, comme le confirme certaines sources, envisage une révision de certaines clauses de l’accord plutôt qu’une renégociation globale.
Le jeu malsain de Bruxelles
Alors que l’ambassadeur, Diego Mellado, encense la démarche de l’Algérie qui en fait, selon lui, «est un partenaire stratégique» de l’Europe, la Commission européenne a officiellement inscrit l’Algérie sur sa liste noire des pays présentant un risque élevé en matière de blanchiment d’argent et de financement du terrorisme. Pour Bruxelles, les efforts consentis par l’Algérie pour renforcer sa régulation bancaire, améliorer la transparence de ses flux financiers et lutter contre les circuits illicites demeurent insuffisants. Bruxelles s’appuie, dans son argumentaire, notamment sur les conclusions du Groupe d’action financière (GAFI), qui avait déjà placé Alger sous étroite surveillance ces derniers mois. Au moment où l’ambassadeur de l’UE parle d’une année 2025 propice à l’investissement européen en Algérie, Bruxelles plante des digues à ces investissements. Plusieurs partenaires européens pourraient se montrer plus frileux à l’idée de s’engager dans un environnement perçu comme instable ou opaque. Reste que cette démarche interpelle sur les motivations politiques de Bruxelles. Sinon comment expliquer que certains États longtemps critiqués pour leur manque de transparence viennent d’être retirés de la liste ?
Saïd S.