Le rapprochement entre l’Algérie et la France franchit une nouvelle étape, marquée par la relance de la commission mixte d’historiens chargée du travail sur la mémoire coloniale. Après une période d’interruption depuis 2024, la reprise des travaux a été validée par le président algérien Abdelmadjid Tebboune.
Selon la ministre déléguée aux Armées, Alice Rufo, cette décision a été confirmée à l’issue d’échanges portant notamment sur le dossier mémoriel. La commission mixte, composée d’historiens des deux pays, doit désormais reprendre ses travaux dans un cadre renforcé.
Lors de sa dernière réunion, tenue en mai 2024 à Alger, la commission a proposé la restitution par la France de «5 mètres linéaires d’archives de l’Algérie à l’époque ottomane, ainsi que la remise de 2 millions de documents numérisés des Archives nationales d’outre-mer».
Après une interruption depuis 2024, la commission reprend ses travaux pour une nouvelle étape du chantier mémoriel, avec le feu vert du président Tebboune. Cette réunion a surtout porté sur les conditions techniques et de faisabilité du travail futur, notamment la mise en place d’une infrastructure permettant aux chercheurs algériens et français de travailler dans les meilleures conditions possibles.
Un chantier mémoriel structurant
À titre d’exemple, le document mentionne l’activation d’un «processus de réalisation par la mise en œuvre d’un portail numérique et d’une bibliothèque partagée entre la Bibliothèque nationale de France et la Bibliothèque nationale d’Algérie». Pour les historiens, cette bibliothèque partagée pourrait, dans un premier temps, être portée par la Bibliothèque diplomatique numérique (BDN).
Le communiqué précise que cette infrastructure
«permettrait également de lancer un programme pour reconstituer numériquement la correspondance et la bibliothèque de l’Emir Abdelkader, dont les textes et les ouvrages sont actuellement disséminés dans le monde entier».
Pour donner un prolongement concret au débat mémoriel, la commission mixte s’est accordée sur le fait que quinze doctorants et chercheurs algériens en France et doctorants et chercheurs français en Algérie seront chargés de participer à l’inventaire et à l’étude des archives de la période coloniale dès la rentrée universitaire prochaine (2024-2025). Ces chercheurs devront se consacrer exclusivement à des objets d’étude portant sur le XIXe siècle, avec un accès facilité aux fonds d’archives.
Mémoire et lieux de recueillement
Sur un autre registre, la commission mixte s’est entendue pour poursuivre l’identification et le recensement des cimetières, des tombes et des noms des détenus algériens du XIXe siècle décédés et enterrés en France, ainsi que pour valoriser ces lieux de mémoire par l’apposition de plaques commémoratives dans une douzaine de lieux (Toulon, Pau, Amboise, Sainte-Marguerite, Sète, Agde, Porquerolles, Calvi, Corte, Ajaccio, la Guyane et la Nouvelle-Calédonie).
«Une nouvelle importante», a réagi l’historien Benjamin Stora dans une déclaration à un site électronique. Il a ajouté qu’il faudrait, notamment du côté français, dégager des moyens pour que cette commission puisse travailler correctement. Le gouvernement français n’a alloué pour l’instant que 60 000 euros par an, ce qui est jugé insuffisant côté français.
Vers un apaisement diplomatique progressif
Ce rapprochement s’accompagne de gestes diplomatiques concrets. L’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, doit effectuer une visite consulaire auprès du journaliste sportif Christophe Gleizes, détenu en Algérie depuis près d’un an. Il s’agirait de la première visite officielle depuis son incarcération.
La famille du journaliste s’est félicitée de cette évolution, perçue comme un signe d’ouverture dans les relations bilatérales. Une demande de grâce a par ailleurs été adressée au président Tebboune par la mère du journaliste.
Dans ce contexte, plusieurs signaux d’apaisement ont été observés ces derniers mois, notamment à la suite de la visite du ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, qui avait rencontré le président algérien en février.
H. Adryen
