Certaines affirmations exigent davantage que des formules toutes faites et des raccourcis politiques. Elles exigent de respecter les faits, l’histoire et la complexité des réalités maghrébines.
Dans une publication diffusée sur sa page officielle facebook, l’ancien ambassadeur Amar Belani livre une longue mise au point en réaction aux récentes déclarations de l’ancien président tunisien Moncef Marzouki, notamment celles formulées dans un entretien accordé au quotidien Al-Quds Al-Arabi, publié le 19 août 2026. Belani conteste fermement plusieurs affirmations concernant l’Algérie, les relations algéro-marocaines, le Sahara occidental et le fonctionnement de l’Union du Maghreb arabe (UMA).
L’ancien diplomate estime que les propos de Marzouki reposent sur des «formules simplificatrices» et une lecture qu’il juge déformée des faits historiques et du contexte régional. Il met également en avant les attaches personnelles de l’ancien président tunisien avec le Maroc, ainsi que ses relations avec certains milieux politiques français, pour interroger la neutralité de ses prises de position sur les contentieux opposant Alger et Rabat.
L’UMA : l’origine du blocage
L’un des principaux points développés par Amar Belani concerne le blocage de l’Union du Maghreb arabe. Contrairement à l’analyse attribuée à Marzouki, il affirme que l’Algérie ne saurait être tenue pour responsable de la paralysie de l’organisation.
L’ancien ambassadeur rappelle que le 20 décembre 1995, le Maroc, par l’intermédiaire de son ministre des Affaires étrangères de l’époque, Abdellatif Filali, avait adressé une lettre officielle à l’Algérie, alors présidente en exercice de l’UMA, demandant «le gel des activités et institutions de l’Union». Pour Belani, cet épisode constitue un élément essentiel pour comprendre la longue paralysie de l’organisation maghrébine.
Il revient également sur la fermeture de la frontière terrestre entre l’Algérie et le Maroc. Selon son récit, celle-ci est intervenue en septembre 1994 en réaction à l’instauration, par Rabat, d’un régime de visas imposé aux ressortissants algériens après l’attentat de l’hôtel Asni à Marrakech. Il évoque également les traitements infligés à certains Algériens présents au Maroc à cette période.
Belani rappelle, en outre, que l’ancien ministre français de l’Intérieur, Charles Pasqua, avait ultérieurement attribué la responsabilité de l’attentat à des membres de la Chabiba Islamia, organisation marocaine. Il estime que cet élément doit être pris en considération dans la lecture des événements ayant précédé la fermeture de la frontière.
Le sommet de 2012 au cœur de la controverse
Amar Belani consacre également une partie importante de sa publication au projet de sommet de l’UMA en 2012. Il affirme que Moncef Marzouki, alors président tunisien, avait été mandaté par le roi du Maroc pour favoriser la tenue de cette rencontre.
Selon le récit de l’ancien ambassadeur, cette initiative ne reposait pas, du côté marocain, sur une préparation suffisamment substantielle et visait principalement à donner une dimension symbolique à une réunion des dirigeants maghrébins. Belani affirme surtout qu’une proposition aurait consisté à présenter à l’Algérie un accès à l’Atlantique en contrepartie de son acceptation du plan marocain d’autonomie pour le Sahara occidental.
L’ancien diplomate, qui précise avoir été à cette époque porte-parole du ministère algérien des Affaires étrangères, défend la position adoptée par Alger. Il souligne que la relance de l’intégration maghrébine devait, selon lui, reposer sur des bases économiques et infrastructurelles solides, et surtout être dissociée du règlement de la question du Sahara occidental.
Il reproche également à Marzouki d’avoir annoncé publiquement, sans concertation préalable avec Alger, des mesures relatives à la circulation entre la Tunisie et l’Algérie. Une initiative que Belani qualifie d’irresponsable, estimant que les questions liées à la circulation entre États relèvent de prérogatives souveraines.
L’ancien ambassadeur affirme enfin que certaines initiatives de l’ancien président tunisien autour d’une éventuelle médiation entre Alger et Rabat avaient été récusées par la partie algérienne. Il va jusqu’à lui attribuer une part de responsabilité dans l’échec d’une fenêtre de dialogue qui, selon lui, était alors engagée entre les deux parties.
Tindouf : la notion de «détenus» rejetée
Sur la question des réfugiés sahraouis établis dans les camps de Tindouf, Amar Belani s’attaque particulièrement à l’emploi du terme «détenus» attribué à Moncef Marzouki.
Pour l’ancien ambassadeur, cette qualification reprend le vocabulaire défendu par les autorités marocaines et occulte les circonstances historiques de l’exode sahraoui consécutif aux événements de 1975. Il affirme que des dizaines de milliers de Sahraouis avaient fui les combats et les bombardements pour rejoindre l’Algérie.
Belani rejette également l’idée selon laquelle l’Algérie exploiterait la situation des réfugiés sahraouis. Il relie leur présence dans les camps au fait que le processus d’autodétermination du Sahara occidental, prévu dans le cadre du plan de règlement de 1991, n’a toujours pas abouti, selon son analyse.
«L’accès à l’Atlantique» : le démenti
Autre point central de la publication : l’idée d’un éventuel accès algérien à l’océan Atlantique.
Amar Belani assure que l’Algérie n’a jamais demandé, négocié ou sollicité un accès à l’Atlantique. Il présente cette proposition comme un argument destiné à remettre en cause la constance de la position algérienne sur le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination.
Selon lui, faire croire qu’Alger pourrait échanger sa position sur le Sahara occidental contre un avantage territorial ou économique reviendrait à présenter comme objet de marchandage un principe que l’Algérie affirme défendre de manière constante. Il considère ainsi cette lecture comme une tentative d’inversion des responsabilités dans le dossier sahraoui.
Dans sa conclusion, l’ancien ambassadeur appelle Moncef Marzouki à davantage de rigueur dans ses prises de position sur l’Algérie. «Certaines affirmations exigent davantage que des formules toutes faites et des raccourcis politiques», écrit-il, plaidant pour une lecture fondée sur les faits, l’histoire et la complexité des réalités maghrébines.
Assia M.
