Annoncé pour la fin de l’année 2025 par le président Abdelmadjid Tebboune, le projet de loi organique portant statut de la magistrature revient au cœur de l’agenda politique. Une annonce saluée par le juriste et analyste en droit, le Dr Rachid Lerari, qui voit en ce texte une «ossature juridique et morale» essentielle pour consolider l’indépendance de la justice algérienne.
Le nouveau projet de loi a été à maintes fois suspendu, faute d’adaptation aux réalités constitutionnelles et aux exigences d’indépendance du pouvoir judiciaire. Le Dr Lerari déplore que le contenu initial «ne satisfaisait pas aux attentes d’indépendance, ni aux exigences du nouveau cadre constitutionnel de 2020». Il salue cependant sa remise à l’ordre du jour, soulignant son importance dans le processus de réforme engagé par les autorités. Intervenant sur les ondes de la Radio nationale, le Dr Lerari a souligné l’importance de l’ouverture de l’année judiciaire comme une «occasion de faire le point sur les réformes engagées» et de «mesurer les avancées réalisées dans le processus de consolidation de l’État de droit». Selon lui, le président Tebboune a su, ces dernières années, réaffirmer la place centrale de la justice dans la gouvernance nationale, tout en rappelant que «l’accès à la justice reste souvent l’ultime recours du citoyen face à l’injustice».
Parmi les chantiers majeurs cités par le juriste figure la réforme du Code de procédure pénale, un texte qu’il qualifie de «fondamental» et qui n’avait pas connu une telle révision depuis 1966. Cette refonte vise notamment selon lui à «mieux garantir les libertés individuelles» et à encadrer les procédures de manière plus rigoureuse, en adéquation avec les exigences d’un État de droit moderne. Le Dr Lerari met toutefois en garde contre les multiples dangers auxquels sont exposés les magistrats : menaces, pressions politiques, tentations de corruption. Il appelle à leur garantir un «statut social digne», des salaires décents, mais aussi une formation continue et des mécanismes de contrôle efficaces. «Le juge est un être humain. Il peut faillir. Il faut donc l’encadrer, le soutenir, mais aussi le responsabiliser», insiste-t-il, soulignant que la transparence doit être un impératif dans le fonctionnement quotidien des juridictions. Dans un contexte marqué par la volonté politique de rompre avec les pratiques du passé, Rachid Lerari plaide pour l’éthique comme socle du système judiciaire. «L’une des promesses phares du président Tebboune est d’œuvrer à l’assainissement de la vie publique. Cela commence par une justice morale, impartiale et courageuse», déclare-t-il, appelant à renforcer les mécanismes de lutte contre la corruption et les ingérences dans les affaires judiciaires. Autre point noir relevé : la difficulté récurrente à faire exécuter les décisions judiciaires, notamment dans les contentieux administratifs. «Quelle valeur a une décision de justice si elle n’est pas appliquée ? », s’interroge l’invité de la Radio, avant de dénoncer l’inertie de certaines administrations qui, parfois, refusent de se plier aux décisions des tribunaux.
La justice économique, levier d’attractivité
En outre, et alors que l’Algérie s’ouvre davantage aux investissements étrangers, le Dr Lerari insiste sur l’impératif de développer une justice économique efficace. Il cite, à cet effet, la création des tribunaux commerciaux spécialisés comme un levier stratégique pour renforcer la confiance des investisseurs. «Le droit commercial repose sur deux piliers : la confiance et la rapidité. Un investisseur ne peut attendre des mois pour qu’un litige soit tranché. Il faut des juridictions réactives et spécialisées», martèle-t-il. En conclusion, Rachid Lerari a salué les efforts consentis, tout en appelant à aller plus loin. «La justice n’est pas un simple service public. Elle est le fondement de toute société démocratique. Elle doit être protégée, modernisée et rendue exemplaire», a-t-il déclaré. Il en appelle à la mobilisation de tous les acteurs – magistrats, greffiers, agents et institutions – pour faire de la justice algérienne un véritable moteur de développement et de cohésion sociale.
Islam K.
