Initialement prévu à El Hamdania, à Cherchell, le projet du port en eaux profondes pourrait finalement voir le jour sur la côte de Boumerdès.
«Dans notre stratégie, nous avons prévu sa réalisation entre Cherchell et Boumerdès. Je crois que l’option de Boumerdès l’emporte. Ce sera peut-être Dellys ou Cap Djinet, car c’est le seul endroit abrité qui reste sur la côte algérienne», a indiqué récemment Abdelkrim Ghezal, PDG de Serport. Selon lui, cette orientation s’inscrit dans le cadre d’une nouvelle stratégie nationale de développement portuaire à l’horizon 2035. Si les raisons de l’abandon du projet de Cherchell sont multiples à commencer par son coût de financement trop onéreux, (5 milliards d’euros), des indiscrétions ont fait remarquer que les conditions imposées par la Chine pour le port d’El Hamdania étaient trop contraignantes, comme l’exigence de ne financer que les entreprises chinoises impliquées dans sa construction. Maintenant que la décision de construire le nouveau port en eaux profondes à Dellys ou à Cap Djinet a été officiellement actée des questions restent encore en suspens comme son financement ainsi que les entreprises qui vont devoir être impliquées dans sa construction. Des fuites de presse font déjà état de la participation du groupe de l’armateur franco-libanais Rodolphe Saadé, CMA CGM au financement et à la construction de ce projet.
En effet, divers experts du secteur portuaire ont indiqué que cet homme d’affaires, qui dirige la compagnie maritime CMA-CGM, et son rôle à l’Élysée font de lui un candidat idéal. Sa visite en Algérie et son entretien avec le président Tebboune ont été associés à la décision éventuelle du gouvernement de lui attribuer l’ensemble du projet du nouveau port. Ces sources ont indiqué que sa récente visite pourrait avoir pour conséquence que ce soient finalement des entreprises françaises qui réalisent le projet. Le coût total du projet varie entre 3,3 et 5,3 milliards de dollars, dont une partie sera financée par un prêt de la Banque chinoise d’import-export (Eximbank) et gérée par une coentreprise de développement entre l’Algérie et la Chine, la Hamdania Joint Stock Company.
L’Algérie devrait détenir une participation de 51 % et la Chine de 49 %, et le projet sera attribué à la China State Construction Corporation et à la China Port Corporation. Un calendrier a été défini pour le projet, avec une période de mise en œuvre de sept à dix ans, et les opérations partielles devraient commencer dans les quatre premières années de sa construction. Une autre option consiste à construire de nouveaux quais s’étendant vers la mer afin de pouvoir accueillir des navires, mais que cela serait plus coûteux et limiterait considérablement les activités du port. Ce port, en eaux profondes, s’inscrit dans une stratégie nationale de développement portuaire à l’horizon 2035, visant à désenclaver les ports actuels et à renforcer la capacité de traitement des navires, notamment des grands porte-conteneurs. Le projet prévoit également une connexion avec des corridors logistiques clés, comme la route transsaharienne et la liaison ferroviaire Alger-Tamanrasset. Pour rappel, le projet du port en eaux profondes à Cap Djinet de l’ex patron du groupe privé Cevital, Issad Rebrab, est vieux de plus de dix ans. Estimé à quelques milliards de dollars avec un financement multilatéral (Etat, Rebrab, et investisseurs étrangers) ce port devait à terme créer plus d’un (1) million d’emplois direct et indirect. Le projet a fait l’objet d’au moins cinq études concluantes de la part de bureaux d’études algériens et étrangers de renommée mondiale a été abandonné. Toutes ces études ont conclu à la viabilité économique de ce projet qui pourrait devenir le plus grand port de la méditerranée, loin devant Tanger Med au Maroc.
L’Etat va-t-il reprendre intégralement le projet de Cevital et compte-t-il l’associer dans son entreprise ? Les autorités prévoient plutôt d’améliorer le réseau portuaire existant afin de permettre l’accès à des navires plus grands. En effet, la plupart des ports ne disposent pas des caractéristiques nécessaires pour accueillir de grands navires. Plusieurs projets de dragage ont également été annoncés afin d’atteindre une profondeur de 17 mètres, au lieu des 12 mètres actuels, avec pour objectif final d’atteindre 20 mètres.
Mahmoud Tadjer