Les États-Unis ont signalé à l’OMS le premier cas humain jamais confirmé d’infection par le virus aviaire A(H5N5). Le patient, décédé dans l’État de Washington, avait été exposé à de la volaille domestique. Aucune transmission interhumaine n’a été détectée, mais la découverte d’un nouveau sous-type infectant l’humain relance la vigilance mondiale.
Synthèse Samir Méhalla
Le 15 novembre 2025, un signalement américain est venu brusquement actualiser la cartographie mondiale des risques zoonotiques : un patient de l’État de Washington, hospitalisé début novembre, a été confirmé porteur d’un virus influenza aviaire A(H5). Cinq jours plus tard, on affirmait que le sous-type impliqué était A (H5N5), une première mondiale. À lui seul, ce cas ouvre un nouveau chapitre dans la compréhension des virus du clade 2.3.4.4b, connus pour circuler massivement chez les oiseaux sauvages et la volaille depuis 2023.
Le patient, adulte souffrant de pathologies préexistantes, avait présenté de la fièvre fin octobre, avant une dégradation rapide et une hospitalisation sous forme sévère. Il est décédé le 21 novembre. Les analyses successives — à l’Université de Washington, au laboratoire public de l’État, puis au CDC — ont confirmé l’origine aviaire et la nature exacte du virus : un A (H5N5) hautement pathogène, appartenant à une lignée déjà largement répandue dans l’avifaune nord-américaine et ponctuellement détectée chez certains mammifères sauvages.
L’enquête épidémiologique a révélé que le patient élevait des volailles de basse-cour. C’est le scénario classique des infections humaines par virus aviaires : un contact direct, répété, avec des animaux infectés ou un environnement contaminé. Jusqu’ici, tous les contacts du patient ont été identifiés, surveillés et testés si nécessaire : aucun cas secondaire n’a été détecté. L’événement, pour inédit qu’il soit, ne modifie donc pas les paramètres connus de la transmissibilité de ces virus.
Depuis le début 2024, les États-Unis ont enregistré 71 cas humains d’A (H5), mais aucun épisode de transmission interhumaine n’a été rapporté. Le CDC rappelle qu’au moins 30 100 personnes potentiellement exposées à des animaux infectés ont été activement suivies et plus de 1 200 testées : les cas humains demeurent sporadiques, isolés, liés à l’exposition professionnelle ou domestique.
La palette clinique de ces infections reste large : symptômes respiratoires bénins, conjonctivite, troubles digestifs, mais aussi complications neurologiques sévères. La confirmation repose obligatoirement sur un diagnostic moléculaire. Les inhibiteurs de la neuraminidase (oseltamivir, zanamivir) demeurent les seules options thérapeutiques documentées, à administrer idéalement dans les 48 heures suivant l’apparition des premiers signes.
Pour l’OMS, la situation ne justifie ni durcissement des contrôles aux frontières ni restrictions de déplacement. Le risque global pour la population est considéré comme faible ; il est évalué comme faible à modéré pour les personnes à haut risque d’exposition — éleveurs, vétérinaires, travailleurs d’abattoir, agents de collecte de volailles. Mais l’Organisation rappelle qu’en matière d’influenza, l’équilibre est fragile : l’évolution génétique des virus aviaires est rapide, et les points de contact entre humains, faune sauvage et élevages intensifs demeurent nombreux.
Cette première infection humaine par A (H5N5) impose donc un resserrement des filets de surveillance : renforcement des systèmes ILI/SARI, dépistage rapide des expositions suspectes, investigations sur les environnements contaminés, partage d’échantillons avec les centres collaborateurs de l’OMS. Les autorités locales doivent également surveiller les comportements sanitaires : déclarations précoces, recherche de soins, tests en milieu privé et public.
L’OMS rappelle aussi que la circulation persistante de virus aviaires hautement pathogènes dans les oiseaux sauvages, la volaille et plusieurs espèces de mammifères crée un terrain propice aux franchissements d’espèce. Elle recommande d’éviter tout contact avec des animaux malades ou morts, de signaler les oiseaux ou mammifères retrouvés morts, de cuire intégralement la viande et les œufs, d’éviter le lait cru et ses dérivés non pasteurisés.
Aucun vaccin humain contre les virus A (H5) n’est disponible à ce jour. Plusieurs virus candidats existent pour la préparation pandémique, mais les vaccins saisonniers actuels n’offrent aucune protection contre les virus aviaires. L’OMS insiste : seule une surveillance mondiale continue, intersectorielle, peut permettre d’ajuster l’évaluation des risques en temps réel.
Le cas signalé aux États-Unis ne déclenche pas d’urgence mondiale, mais constitue un signal faible à ne pas négliger. Dès qu’un nouveau sous-type franchit la barrière d’espèce, c’est toute la mécanique de vigilance internationale qui se remet en marche. Le H5N5 humain de Washington n’est peut-être qu’un épiphénomène. Il est aussi un rappel cinglant : dans l’écologie mouvante des virus influenza, chaque exception mérite attention, rigueur et transparence.
S. M.
