Le besoin de financement de la Caisse nationale de retraite est estimé à 900 milliards de DA en 2025 et pourrait atteindre 1.200 milliards de DA en 2030.
Une étude prospective des comptes de la CNR (Caisse nationale de retraite), à moyen et long terme, révèle une situation précaire. Ainsi, sous l’hypothèse d’un taux de revalorisation annuelle des avantages de retraite à 4% d’un taux d’évolution des recettes de cotisation de 2%, le besoin de financement de la CNR passerait de 700 milliards de DA en 2022 à 900 milliards de DA en 2025 et pourrait atteindre 1.200 milliards de DA en 2030. Pour renflouer les provisions de la CNR, en nette difficulté, le gouvernement a décidé d’affecter une part du produit de la vignette automobile au financement des retraites. Les dépenses du système de retraites continuent de croître plus rapidement que ses recettes. Le projet de loi de finances 2026 prévoit que 20 % du produit de la vignette automobile sont désormais versés à la CNR. En effet, dans son chapitre «Soutien au secteur de la retraite», le projet de loi de Finances révèle la «réaffectation de 30% du produit de la vignette automobile (au lieu de 50% actuellement), au profit du budget de l’État, de 20%, au profit de la Caisse Nationale des Retraites (CNR), et 50%, au profit du fonds de solidarité et de garantie des collectivités locales».
Diversification des ressources
L’équilibre budgétaire de la CNR, même s’il est en recul depuis quelque années – il est passé de 645 milliards de DA en 2022 à 420 milliards de DA en 2023 -, soit une baisse de 225 milliards de DA, reste toujours élevé. Rappelant au passage qu’il y a eu de nombreuses dispositions légales pour pallier ce déficit par des apports des autres caisses sociales par l’Etat. La contribution de la vignette automobile s’inscrit dans cette logique de rééquilibrage budgétaire. Outre la vignette automobile, d’autres mesures viennent renforcer la CNR et le FNRR (Fonds national de réserves des retraites). Le produit de la taxe sur les chargements prépayés sera redistribué : 49 % au budget de l’État, 50 % à la Caisse de solidarité et 1 % à la CNR.
Cette part symbolique traduit la volonté d’élargir progressivement les recettes affectées aux retraites. Le Fonds national de réserves des retraites bénéficiera également d’une fraction du produit des placements des Caisses de sécurité sociale. Ces montants et les produits financiers qu’ils génèrent seront exonérés de tout impôt et taxe, ce qui favorise leur capitalisation. Enfin, le produit de la taxe sur les yachts et bateaux de plaisance sera réaffecté : 80 % au budget de l’État et 20 % à la CNR, intégrant ainsi le secteur du luxe dans la contribution au financement des retraites. En mobilisant de nouvelles ressources fiscales, le gouvernement cherche à préserver la continuité du paiement des pensions et à renforcer la stabilité du système.
L’intégration de la vignette automobile dans le financement des retraites constitue un signal fort sur les défis budgétaires actuels. La problématique du déficit de la trésorerie de la CNR demeure comme «une épine dans le pied» des pouvoirs publics. En outre, il existe d’autres mesures qui ont été décidées par le gouvernement au profit de la CNR, notamment une augmentation de 1% de la quote-part des cotisations de la CNR qui est passée à 18,75%, des mesures de compensations financières des Caisses de la sécurité sociale en plus d’un taux de 1% de la fiscalité douanière, ainsi que des aides et des prêts du Fonds national d’investissement (FNI).
Amélioration de ratio cotisants/retraité
La CNR a enregistré, en 2023, 1.038.424 nouveaux affiliés, dont 908.438 salariés et 132.986 non-salariés. De plus, le nombre d’employeurs a connu également une augmentation, passant de 369.365 en 2021 à 423.212 à la fin de l’année précédente, soit un taux de croissance de 14,6%, avec une différence de 53.847. Les cotisations des salariés à la CNAS se sont élevées à 1.655 milliards de DA, avec une hausse de 156.3 milliards de DA par rapport aux prévisions annoncées dans la loi de finances 2023, estimées à 1.498,72 milliards de DA. Les revenus de la CNAS, en 2022, étaient de 1.397 milliards de DA.
Les cotisations des non-salariés ont connu aussi une augmentation passant de 76,85 milliards de DA en 2022 à 82.74 milliards de DA en 2023, soit une hausse de 7,7%. Du reste, les cotisations des salariés à la CNAS se sont élevées, à 1.655 milliards de DA, avec une hausse de 156.3 milliards de DA par rapport aux prévisions annoncées dans la loi de finances 2023, estimées à 1.498,72 milliards de DA. Le nombre de retraités du secteur public et affiliés s’élève à 3.537.971 à fin 2024. La précarité touche une part importante de cette population : environ 1,5 million de retraités perçoivent une pension inférieure à 20. 000 DA.
Mahmoud Tadjer
