Le 26 septembre 1960, en plein cœur de la Guerre de Libération, la France découvre un texte qui fera date : le «Manifeste des 121».
Par Rédaction de Crésus
Publié dans la revue Vérités, il rassemble écrivains, philosophes, cinéastes, scientifiques et artistes qui osent dénoncer l’engrenage colonial.
Alors que l’État gaulliste s’emploie à masquer la réalité des exactions, ce manifeste affirme que la guerre n’est pas une simple opération militaire, mais une entreprise d’oppression contre un peuple en lutte pour son indépendance.
Les signataires – parmi lesquels Jean-Paul Sartre, Simone Signoret, Maurice Blanchot, Robert Barrat, Nathalie Sarraute, Alain Resnais ou encore Pierre Boulez – assument un geste radical : se placer du côté des Algériens.
Une déclaration sans ambiguïté
Le texte proclame sans détour :
«La cause du peuple algérien, qui contribue de façon décisive à ruiner le système colonial, est la cause de tous les hommes libres».
En affirmant la légitimité du combat des indépendantistes, le manifeste rompt avec l’hypocrisie dominante. Il apporte également un soutien moral et politique aux insoumis, ces jeunes Français qui refusent de porter les armes contre l’Algérie.
Réactions et représailles
La réponse du pouvoir colonial est immédiate. Les autorités françaises déclenchent une vague de sanctions : des enseignants sont suspendus de leurs fonctions, des chercheurs perdent leur poste, des artistes subissent la censure ou voient leurs carrières compromises.
Le philosophe Jean-Toussaint Desanti est par exemple interdit de cours à l’École Normale Supérieure. La presse officielle stigmatise les signataires, les accusant de trahison et de complicité avec l’ennemi. Mais cette répression n’éteint pas l’élan. Au contraire, elle souligne la fracture entre l’appareil d’État et une partie de l’intelligentsia française.
Un geste de courage collectif
Dans un contexte où la torture, les disparitions forcées et la propagande accompagnaient l’effort de guerre, le Manifeste des 121 représente un acte de bravoure morale. Il montre que, même au sein de la métropole, des consciences libres refusent la compromission.
Cet engagement ne mettra pas fin à la guerre, mais il contribue à fissurer le consensus et à accélérer la prise de conscience en France. Il annonce aussi l’émergence d’un discours critique sur le colonialisme, qui nourrira les générations suivantes.
Héritage et leçons pour l’Algérie contemporaine
Soixante-cinq ans après, le message reste brûlant d’actualité. Pour l’Algérie, il constitue une preuve que sa lutte a trouvé des alliés au-delà de ses frontières. Pour la France, il reste le rappel que des voix se sont levées contre le mensonge d’État et la brutalité coloniale.
Aujourd’hui, alors que l’Algérie cherche à consolider sa souveraineté et à réconcilier mémoire et avenir, la leçon des 121 s’impose : aucune société ne peut avancer sans vérité, sans justice et sans courage.
Jean-Paul Sartre écrivait : «Il vient toujours une heure où il faut choisir entre la contemplation et l’action.»
En 1960, cent vingt et une personnalités firent ce choix, au prix de leur carrière et parfois de leur sécurité. Leur héritage rappelle que la liberté n’est jamais acquise sans résistance et que la vérité, même étouffée, finit toujours par éclater.
R.C.
