La doctrine qui fonde la politique étrangère de l’Algérie repose, depuis l’indépendance, sur deux principes cardinaux : la non-ingérence dans les affaires intérieures des États et le soutien aux causes justes ainsi qu’aux peuples opprimés.
À cela s’ajoute une constante : le recours au dialogue et à la concertation comme voie privilégiée de règlement des conflits. Pourtant, les récentes déclarations du ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, ont suscité un débat nourri, certains y voyant un changement de cap, voire une rupture avec ces fondamentaux.
Au cœur de la controverse, une phrase prononcée lors de la 165ᵉ session du Conseil de la Ligue arabe, dans laquelle le chef de la diplomatie algérienne a exprimé sa solidarité avec «les pays arabes frères qui ont été la cible d’agressions militaires iraniennes injustifiées et inacceptables».
Pour ses détracteurs, cette prise de position est problématique dans la mesure où elle ne s’accompagne pas d’une condamnation explicite des frappes israélo-américaines contre l’Iran, perçues comme étant à l’origine de l’escalade. Cette lecture alimente l’idée d’un alignement implicite ou, à tout le moins, d’un infléchissement de la posture traditionnelle d’équilibre.
D’autres observateurs appellent, cependant, à une lecture plus nuancée. Ils rappellent que dans la même allocution, Ahmed Attaf a réitéré l’attachement de l’Algérie à une approche fondée sur la désescalade, appelant «les parties en conflit à abandonner la logique de la force militaire et à privilégier le dialogue et la diplomatie». Cette position s’inscrit, selon eux, pleinement dans la continuité de la diplomatie algérienne, historiquement attachée à la médiation et à la recherche de solutions politiques. En réalité, plutôt qu’un changement de doctrine, il s’agirait donc d’une adaptation pragmatique à un environnement géopolitique en mutation.
Le Moyen-Orient traverse une phase de recomposition marquée par des alliances fluctuantes, des tensions accrues et une redéfinition des rapports de force. Dans ce contexte, l’Algérie semble privilégier une posture d’équilibre, évitant les prises de position tranchées susceptibles de compromettre ses relations avec certains partenaires.
Cette approche s’explique également par des considérations stratégiques. L’Algérie entretient aujourd’hui des relations solides avec plusieurs pays du Golfe, notamment l’Arabie saoudite et le Qatar, avec lesquels elle partage des intérêts économiques et politiques croissants.
À l’exception notable des Émirats arabes unis, avec lesquels les relations demeurent plus complexes, Alger cherche à consolider des partenariats fondés sur des logiques de coopération «gagnant-gagnant», loin des postures idéologiques rigides.
Dans ce cadre, la diplomatie algérienne ne renonce pas à ses principes, mais les ajuste aux réalités du moment. Le soutien aux causes justes, à commencer par la cause palestinienne, demeure un pilier intangible. De même, le refus de l’ingérence continue de guider ses positions officielles. Toutefois, leur mise en œuvre s’inscrit désormais dans une logique plus pragmatique, où la préservation des intérêts nationaux et la stabilité régionale priment. En définitive, parler de rupture serait excessif.
La politique étrangère de l’Algérie reste fidèle à ses fondamentaux, tout en s’adaptant aux nouvelles dynamiques internationales. Dans un monde de plus en plus complexe, où les lignes de fracture se multiplient, cette capacité d’ajustement apparaît moins comme un reniement que comme une nécessité stratégique.
Saïd Mekla
