Le développement de l’énergie verte ne peut se faire au détriment des droits fondamentaux d’un peuple
L’Observatoire international de surveillance des ressources naturelles du Sahara occidental (Western Sahara Resource Watch) vient de dénoncer les projets d’hydrogène vert que le Maroc compte lancer dans les territoires occupés, soulignant que ces projets risquent de blanchir l’occupation sous un prétexte vert. Dans un communiqué publié lundi, l’ONG rappelle que le Maroc «n’a aucun mandat légal pour exploiter les ressources naturelles ou étendre ses programmes d’infrastructures sur le territoire qu’il occupe», et, à ce titre, elle appelle tous les investisseurs sélectionnés à «s’assurer que leurs activités sont pleinement conformes au droit international et ne servent pas à consolider l’occupation en cours».
Selon cette ONG, les «ambitions controversées» du Maroc en matière d’hydrogène vert pour le Sahara occidental occupé sont revenues sur le devant de la scène suite à de nouvelles déclarations de la ministre de la Transition énergétique, Leïla Benali, lors d’une session au Parlement le 23 juin au cours de laquelle elle a présenté une mise à jour sur la stratégie hydrogène du pays comportant plusieurs projets. Cependant, la plupart des zones désignées pour le développement de projets se situent au Sahara Occidental, hors des frontières internationales du Maroc. Ces régions sont Guelmim-Oued Noun, Laâyoune-Sakia El Hamra et Dakhla-Oued Eddahab – ces deux dernières correspondant presque entièrement au Sahara Occidental occupé. De ce fait, environ les trois quarts des terres mises à disposition par le gouvernement marocain dans le cadre de l’offre du Maroc ne se trouvent pas au Maroc, mais au Sahara Occidental occupé. «La jurisprudence internationale, notamment les arrêts de la Cour de justice de l’Union européenne et les rapports des organes conventionnels des Nations unies, soulignent que le peuple sahraoui doit donner son consentement à toute activité économique au Sahara occidental», a ajouté l’observatoire.
La nouvelle manœuvre
L’utilisation des entreprises pour exploiter les ressources naturelles de la région en se présentant comme engagé dans des projets d’énergie propre, contribuent à perpétuer la situation injuste de l’occupation illégale du Sahara occidental. La spoliation des ressources naturelles du Sahara occidental par le Maroc constitue, de fait, un enjeu d’envergure, engendrant des répercussions profondes à la fois économiques, sociales, et politiques. Sur le plan économique, cette appropriation illégale prive la population sahraouie de l’exploitation légitime des richesses qui lui appartiennent intrinsèquement. Politiquement, l’exploitation des ressources naturelles est déployée comme un instrument de contrôle renforçant la mainmise du Maroc sur le Sahara occidental. Par ailleurs, les profits générés par cette exploitation illégale s’élèvent à plusieurs milliards de dollars. Le Maroc, qui essaye d’améliorer son image à travers des projets d’énergie propre principalement implantés dans le Sahara occidental occupé, a réussi à obtenir jusqu’à la fin de décembre 2020 un financement climatique de 293,8 millions de dollars provenant de fonds climatiques multilatéraux.
Victoires juridiques
Depuis le blocage par le Maroc de l’exercice de l’autodétermination par le Peuple sahraoui, plusieurs décisions de justice (européennes, africaines) sont venues confirmer l’illégalité de l’exploitation des richesses du Sahara Occidental sans l’accord du Peuple Sahraoui ou de son représentant unique le Front Polisario. Les entreprises sont tenues de respecter les normes éthiques et les principes du droit international lorsqu’elles opèrent dans des zones contestées. Les actions judiciaires et médiatiques menées jusque-là ont largement porté leurs fruits. Ces décisions juridiques multiples doivent servir de référentiel pour toute Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE). Dans un rapport de 2024, l’ONG avait souligné que 36 entreprises, au moins, ont mis fin à leurs activités de pillage des richesses des citoyens sahraouis.
Saïd S.
