Parallèlement, les parcs programmés à Oran, Ouargla et Annaba, décidés depuis 2018, n’ont pas encore franchi les étapes décisives de viabilisation et d’aménagement foncier.
Le Rapport annuel 2025 de la Cour des Comptes, consacre un chapitre important aux missions de l’Agence nationale pour la promotion et le développement des parcs technologiques (ANPT), en particulier la création des parcs technologiques et la conduite des projets de numérisation de l’administration publique.
Si l’ambition affichée reste élevée — positionner l’Algérie comme un acteur régional de l’innovation et de la transformation numérique — les résultats obtenus à ce jour appellent à une réflexion approfondie sur les modalités de mise en œuvre, les cadres institutionnels et les leviers à activer pour accélérer le processus.
Un parc technologique opérationnel, trois en chantier
Lancé dès 2001, le projet de création d’un réseau national de parcs technologiques a connu une mise en œuvre progressive, avec des résultats contrastés selon les régions. À ce jour, le Technoparc de Sidi Abdellah (Wilaya d’Alger) demeure le seul site partiellement opérationnel, accueillant depuis 2012 plusieurs structures d’incubation, de recherche et d’accompagnement à l’entrepreneuriat technologique. Il représente un exemple concret d’écosystème d’innovation local — bien que, comme le souligne la Cour, plusieurs composantes initialement prévues (hôtel technologique, centre de contrôle et de sécurité, infrastructures routières internes, etc.) n’ont toujours pas été achevées (31 janvier 2024).
Parallèlement, les parcs programmés à Oran, Ouargla et Annaba, décidés depuis 2018, n’ont pas encore franchi les étapes décisives de viabilisation et d’aménagement foncier. Les terrains sont identifiés, mais les travaux d’infrastructure restent en attente, retardant ainsi l’attractivité de ces sites pour les porteurs de projets ou investisseurs.
La Cour note que ces retards s’expliquent en partie par des problèmes de maturation des dossiers : modifications fréquentes des périmètres, absence d’études complètes avant l’engagement financier, ou encore des avenants répétés aux marchés publics. Dans certains cas, le délai initial de 18 mois s’est étendu à plus de neuf ans. Ces aléas ne sont pas propres à l’ANPT, mais touchent de nombreux grands projets d’investissement public. Ils illustrent néanmoins la nécessité de renforcer les capacités de planification en amont, notamment en matière de coordination interministérielle, de stabilisation des cahiers des charges et de suivi des engagements contractuels.
La numérisation de l’administration : des réalisations limitées
Confier à l’ANPT, à partir de 2018, le pilotage du volet technologique de la numérisation de l’administration publique était une décision logique, compte tenu de sa vocation technico-scientifique. Cependant, le bilan est contrasté. Sur une enveloppe programmée de plus de 6,4 milliards de DA, très peu de projets ont été réalisés.
Parmi les initiatives annulées figurent des programmes porteurs tels que le système d’automatisation de la gestion de l’éducation, le portail de la langue amazighe, ou encore le projet d’encyclopédie numérique des manuscrits algériens — des projets qui visaient à valoriser le patrimoine culturel et améliorer l’accès aux services publics. Seul le data center gouvernemental de Lakhdaria, d’un montant de 1,7 milliard DA, a fait l’objet d’un marché attribué, mais sa réalisation n’a pas encore commencé, en raison de l’absence de visa de la Commission des marchés publics.
Cette situation n’est pas uniquement liée à un manque de financement ou de compétence technique. Elle révèle surtout un défaut de priorisation stratégique : les projets ont parfois été lancés sans évaluation préalable de leur faisabilité opérationnelle, ni concertation suffisante avec les ministères utilisateurs. La Cour insiste sur la nécessité d’adopter une approche plus pragmatique, fondée sur des besoins réels, des indicateurs de performance clairs, et des partenariats renforcés avec les acteurs du numérique — universités, start-up, opérateurs comme Algérie Télécom.
Un cadre institutionnel à redéfinir
Le rapport met en lumière un enjeu structurel majeur : l’ANPT cumule aujourd’hui plusieurs rôles — maître d’ouvrage, gestionnaire de parc, opérateur de numérisation, incubateur — sans disposer d’un cadre juridique ou d’un mandat clairement défini. Or, comme le rappelle la Cour, la performance d’une institution dépend autant de ses moyens que de la précision de sa mission.
Plusieurs pistes sont proposées pour recentrer l’action de l’Agence. Il est suggéré de réviser son statut, notamment à la lumière de la loi n°23-17 du 15 novembre 2023 sur le foncier économique, afin de clarifier ses prérogatives en matière de gestion foncière, d’exploitation des parcs et de partenariats public-privé.
Par ailleurs, l’ANPT devrait élaborer un plan stratégique ainsi que des plans d’action annuels, fixant des indicateurs de performance et des modalités d’évaluation claires, afin de mieux orienter ses missions et de garantir la réussite de ses projets.
Enfin, un mécanisme de financement pérenne doit être mis en place pour assurer la stabilité des ressources nécessaires à son fonctionnement. Cela pourrait se faire, par exemple, à travers un cahier des charges-type pour les contributions des ministères bénéficiaires des services de l’ANPT, afin de garantir une source de financement régulière et structurée.
Le rapport de la Cour des Comptes appelle à une révision profonde de la stratégie de l’ANPT pour garantir la réussite de ses missions et pour permettre à l’Algérie de jouer pleinement son rôle en tant qu’acteur clé de l’innovation et de la transformation numérique en Afrique du Nord. Une planification renforcée, une meilleure coordination interministérielle et une priorisation rigoureuse des projets sont des conditions sine qua non pour accélérer le processus de numérisation de l’administration et d’implantation des parcs technologiques.
Islam K.
