Dans un contexte sans vainqueur clair au second tour des municipales, les forces politiques analysent les résultats pour ajuster leurs alliances et stratégies en vue de la présidentielle de 2027.
Dans la foulée du second tour des élections municipales, tenu dimanche sans vainqueur clair, chaque camp politique tente désormais de tirer les leçons du scrutin, notamment en matière d’alliances et de stratégies partisanes en vue de l’échéance présidentielle de 2027.
La droite française, associée aux centristes, conserve globalement son leadership, tandis que la gauche recule et que l’extrême droite enregistre un score contrasté. Tel est le constat principal de ce second tour, qui a concerné environ 1 580 communes, soit 4,5 % des municipalités où aucun maire n’avait été élu dès le premier tour du 15 mars.
Le taux de participation reste marqué par une forte abstention, avec une mobilisation historiquement faible dans les grandes villes. Le scrutin s’est déroulé selon un système à deux tours dans les communes de plus de 1 000 habitants.
Le RN en progression, mais encore limité
Favori des sondages pour 2027, le président du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella, n’a pas manqué de revendiquer « la plus grande percée » de l’histoire de son parti. Celui-ci a remporté des dizaines de petites et moyennes villes, notamment dans ses bastions de l’arc méditerranéen, de Carcassonne à Menton, ainsi que dans le bassin minier du Pas-de-Calais.
Si le RN continue de renforcer son implantation, en captant une partie de l’électorat des Républicains (LR), notamment dans le sud — comme à Marseille ou à Nîmes —, il reste en difficulté dans les grandes villes. Son échec à Toulon en est une illustration, tout comme son incapacité à nouer des alliances locales avec la droite.
Dans les grandes métropoles, les électeurs ont majoritairement fait le choix de la continuité. Les alliances entre les socialistes et La France insoumise (LFI) n’ont pas toujours convaincu, tandis que Les Républicains reprennent plusieurs bastions aux socialistes et que le RN confirme sa progression dans le sud.
Une stratégie gagnante pour les socialistes
À Paris comme à Marseille, les socialistes peuvent néanmoins afficher une certaine satisfaction. Dans la capitale, contrairement aux sondages annonçant un duel serré, Emmanuel Grégoire, ancien adjoint d’Anne Hidalgo, s’est largement imposé face à Rachida Dati, soutenue par Sarah Knafo, avec 50 % des voix. Une victoire acquise dans un contexte pourtant délicat, entre une candidate LR offensive et la présence de Sophia Chikirou au second tour. Cette dernière lui avait proposé une fusion de listes, que Grégoire a refusée, estimant avoir plus à perdre qu’à y gagner — une stratégie finalement payante.
À Marseille, Benoît Payan a adopté une position similaire vis-à-vis des Insoumis. Menacé par le député RN Franck Allisio, le maire sortant a refusé toute fusion avec Sébastien Delogu, qui a finalement retiré sa liste. Payan l’emporte largement avec 54,8 % des voix.
La droite reprend du terrain
Dans plusieurs villes, l’absence d’alliance avec LFI s’est révélée défavorable au Parti socialiste, offrant autant d’opportunités à la droite parlementaire, qui conquiert de nombreuses villes moyennes. Clermont-Ferrand bascule ainsi à droite pour la première fois depuis la Libération, tandis que Brest et Limoges connaissent le même sort.
Malgré ces revers, les grandes métropoles comme Paris, Lyon et Marseille restent sous l’influence socialiste.
Le RN, de son côté, passe d’une douzaine à plus de 80 communes dirigées, confirmant une expansion territoriale notable, notamment dans les villes moyennes. La France insoumise enregistre également des résultats significatifs.
Dans les principales métropoles, les listes soutenues par la gauche et les équipes sortantes conservent plusieurs mairies, tandis que les formations centristes et de droite consolident leurs positions dans d’autres grandes villes.
Un basculement symbolique
Enfin, une surprise notable est venue de Vénissieux, où le député LFI d’origine algérienne Idir Boumertit a été élu maire avec une avance de seulement 25 voix face à la sortante communiste Michèle Picard. Ce basculement met fin à plus de 15 ans de gestion communiste dans cette commune de 66 000 habitants et marque un véritable séisme politique dans la banlieue lyonnaise. Le nouveau maire y voit l’expression d’un désir de renouveau, après 17 ans de mandat communiste.
H. Adryen
