Dans six mois pile, le match d’ouverture aura lieu à Mexico. Mais le contexte géopolitique brûlant soulève de nombreuses questions.
Une bonne nouvelle pour commencer, claironnée il y a quelques jours par le président de la Fifa : « Pendant deux semaines, nous avons enregistré quotidiennement 10 millions de demandes de billets. On aurait pu remplir l’équivalent de 300 ans de Coupes du monde ! »
Si on suit le raisonnement de Gianni Infantino, malgré des tarifs tellement élevés qu’il a fallu créer en urgence des billets « tribune basique pour les supporters » (sic) à 60 dollars, cette 23e édition se déroulera à guichets fermés du 11 juin au 19 juillet prochains au Mexique, au Canada et aux États-Unis, principal hôte de l’événement. On attend les images d’Équateur-Curaçao. Et maintenant, comme on dit dans le jargon, le reste de l’actualité, moins euphorique.
Des séquences très politiques
Depuis l’attribution en 2018 de l’événement aux trois nations américaines, le Suisse s’est considérablement rapproché de Donald Trump, comme rarement (voire jamais) un patron du foot mondial ne l’avait fait vis-à-vis d’un chef d’État. On l’a même vu s’afficher à ses côtés dans des séquences très politiques – investiture à la Maison-Blanche, sommet de la paix en Égypte – où l’on n’imaginait pas un dirigeant d’institution sportive globale, astreint par nature à une stricte neutralité.
Passons sur le « prix Fifa de la paix 2025 » qui aura ravi l’impétrant et qui, avec l’involution foudroyante des relations internationales, ne manquait ni de cran ni d’humour, deux qualités précieuses en ces temps incertains.
Aux yeux de la planète, cette compétition est au moins autant celle de Trump que de la Fifa ; quant aux autres coorganisateurs, c’est comme s’ils avaient disparu du paysage. La présidente du Mexique, Claudia Sheinbaum, régulièrement vilipendée par son homologue pour l’insuffisance de ses mesures anti-immigration, a rappelé que « l’Amérique appartient aux peuples de chacun des pays qui la forment » après les attaques de l’administration US contre les régimes latino-américains.
La mainmise de Trump
Les relations avec le voisin du dessus ne sont guère meilleures depuis que le septuagénaire (79 ans) new-yorkais a parlé du Canada comme d’un possible « 51e État ». Les tensions autour du Groenland n’ont rien arrangé : « L’avenir du Groenland appartient aux Groenlandais et au Danemark », a répété cette semaine le Premier ministre Mark Carney. Pas de quoi sortir les langues de belle-mère.
Pendant ce temps, aux États-Unis, on vit au rythme des polémiques. Après l’affaire du « match Fifa des fiertés » (LGBTQ+), malencontreusement tombé après le tirage au sort sur… Iran-Égypte, place à celle des visas. De nombreux supporters iraniens, haïtiens, ivoiriens, sénégalais et, même, algériens pourraient être privés de séjour, ressortissants de pays sur liste noire pour probabilité élevée d’immigration clandestine. La sécurité est un argument que Trump met en avant pour menacer certaines villes démocrates, parmi lesquelles Los Angeles ou San Francisco, de retrait pur et simple en faveur de bastions républicains.
Vers un boycotte?
Dans un monde normal, cela ne serait pas possible, tout étant calé depuis 2022 et sous la responsabilité de la Fifa. Mais aujourd’hui ? Infantino aura-t-il toute latitude pour contenir les éventuels accès d’autoritarisme de son « ami de longue date » ? Enfin, dernière question : en cas de dégradation confirmée des relations entre les États-Unis et certaines des nations qualifiées, une ou plusieurs d’entre elles – Danemark, Colombie – iraient-elles jusqu’à boycotter la compétition ?
Pure conjecture, pour le moment. Mais il y a trois mois, l’instauration de deux pauses de trois minutes en plein match (pour la santé des joueurs, dit la Fifa, pour les recettes publicitaires, répondent les pragmatiques) semblait inconcevable. Avant de devenir réalité.
In JDD.
