Par S. MÉHALLA
Le Journal du Dimanche rapporte que Mohammed VI a donné cette semaine le coup d’envoi à de vastes projets ferroviaires dans la métropole de Casablanca : gares de nouvelle génération, rames modernes, et promotion de la mobilité durable.
Portée par des entreprises françaises et marocaines, l’initiative s’inscrit dans le prolongement de la visite d’État d’Emmanuel Macron au Maroc, il y a un an, et illustre selon Rabat l’ambition d’un royaume désormais «compétitif sur la scène internationale».
Derrière ce récit officiel, la réalité est bien plus rugueuse. Mohammed VI s’est offert un numéro de prestidigitateur : inauguration en grande pompe, drapeaux au vent, sourires de cour et pancartes dorées. Officiellement, il s’agit de «nouveaux projets ferroviaires». En réalité, ce n’est qu’une mise en scène de luxe pour cacher la même dépendance chronique : le Maroc achète à crédit, les Français vendent leur camelote ferroviaire, et chacun repart avec sa photo de gloire.
Le roi du Maroc aime à se présenter en modernisateur éclairé. Mais la modernité, quand elle se limite à couper des rubans importés de Paris, ressemble davantage à un décor de théâtre qu’à une révolution industrielle. Rien de local, rien de national : du matériel français, des ingénieurs français, des contrats calibrés pour enrichir les mêmes groupes hexagonaux en mal de contrats. Pendant ce temps, la jeunesse marocaine rêve de partir, faute d’emplois dignes, et l’économie s’enfonce dans une dette qui ressemble à une laisse.
Et la France ? Elle joue au sauveur, mais c’est une France usée-fatiguée, dont l’industrie ferroviaire survit en exportant dans ses ex-colonies des solutions qu’elle n’arrive plus à vendre chez elle. Les gares françaises se dégradent, les trains sont en retard, les billets explosent, mais au Maroc on nous fait croire que c’est la pointe de la technologie. Ce n’est pas de la coopération, c’est une liquidation : Paris brade son savoir-faire et Rabat achète son image de modernité. Du perdant-perdant.
Ce ballet est pathétique : un roi qui parade dans un costume trois-pièces devant des rails importés, et une République française qui s’accroche à son rôle de fournisseur officiel des illusions royales. On appelle ça «coopération bilatérale». En vérité, c’est un mariage de faillites : celle d’un Maroc incapable d’inventer sa propre voie, et celle d’une France qui ne vit plus que de contrats de circonstance.
Ces rails flambants neufs ne mèneront nulle part. Ils ne transporteront ni prospérité, ni indépendance. Ils roulent seulement sur un mensonge partagé : celui d’une modernité d’opérette. Mohammed VI se rêve en chef de gare d’une puissance émergente, mais il n’est que le contrôleur docile d’un train fantôme où les passagers – Marocains comme Français – payent très cher pour un voyage sans avenir.
S.M.
