La gravité de la prolifération du poison de la drogue dans la société, au vu des maladies qu’elle provoque, des maux sociaux, des préjudices économiques, des dérives comportementales et des complications sanitaires qu’elle entraîne, est d’autant amplifiée en raison de leur lien avec les politiques systématiques de certaines parties qui font malheureusement du trafic de stupéfiants, une arme pour attenter à la sûreté des Etats en ciblant leur jeunesse.
Alors que les trafics de stupéfiants se transforment et s’enracinent dans des réseaux transnationaux toujours plus complexes, l’Algérie réaffirme son engagement à protéger sa jeunesse et à préserver sa stabilité intérieure. La Journée mondiale de lutte contre la drogue, célébrée ce jeudi à Alger, a été l’occasion pour les plus hautes autorités du pays de dévoiler une stratégie rénovée, volontariste et intégrée. Plus qu’un simple rappel des dangers, c’est une mobilisation multisectorielle qui s’organise, avec à la clé, des textes de loi révisés, des mécanismes de coopération consolidés et une volonté politique clairement affichée.
Un plan national ambitieux
Le Premier ministre, Nadir Larbaoui a réaffirmé l’engagement ferme du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, à faire de la lutte contre les stupéfiants une priorité nationale. S’exprimant au Centre international des conférences (CIC), Larbaoui a mis en exergue une approche globale reposant sur la prévention, le traitement et la dissuasion, en appelant à une mobilisation générale de toutes les forces vives du pays.
Le chef du gouvernement a souligné que l’implication du Président Tebboune dans cette bataille découle d’une pleine conscience des graves menaces que représente la prolifération des drogues pour la société. Celles-ci engendrent des maux sanitaires, économiques et sociaux, en particulier parmi les jeunes, souvent ciblés par des réseaux exploitant ce fléau à des fins de déstabilisation. L’Algérie, par la volonté présidentielle, s’est dotée d’un arsenal législatif renforcé, dont une loi récemment amendée encadrant la prévention et la répression de la consommation et du trafic de substances psychotropes.
Le Premier ministre a insisté sur l’impératif de renforcer la coordination entre institutions nationales, y compris les services de sécurité, et de poursuivre la coopération internationale pour identifier les acteurs utilisant le trafic de drogue comme levier d’hostilité contre les États. Il a également annoncé le lancement officiel de la Stratégie nationale de lutte contre la drogue 2025-2029, approuvée par le Conseil des ministres, qui repose sur quatre axes : la prévention, la réinsertion, la répression et la coopération.
Dans ce cadre, l’accent est mis sur l’investissement dans la dimension de prévention, basée sur une action proactive soutenue par la sensibilisation aux effets négatifs de la drogue et des substances psychotropes, notamment chez les jeunes. La stratégie prévoit aussi l’activation des cadres thérapeutiques et la réintégration des toxicomanes à travers le renforcement du système national de prise en charge. Par ailleurs, elle repose sur l’adoption d’une politique pénale globale dans la lutte contre ce fléau, visant à adapter la législation et la réglementation nationales à l’évolution des crimes liés à la drogue, et à renforcer la coopération et la coordination internationales avec les différents mécanismes internationaux et régionaux de prévention et de lutte contre la drogue.
Un cadre juridique renforcé
Lors de cette même cérémonie, le ministre de la Justice, garde des Sceaux, Lotfi Boudjemaa, a rappelé l’alignement de son département sur les objectifs de la nouvelle Stratégie nationale 2025-2029. Il a mis en avant le rôle central de la législation dans la lutte contre le phénomène, notamment à travers le dernier amendement de la loi relative à la prévention contre la drogue et les substances psychotropes.
Ce texte rénové prévoit des mesures fortes, telles que l’immunisation des institutions publiques en exigeant des analyses négatives dans les procédures de recrutement et l’instauration de tests de dépistage dans les établissements éducatifs. Il permet également la saisie des biens issus du trafic et le durcissement significatif des peines, pouvant aller jusqu’à la peine capitale lorsque les conséquences du crime sont particulièrement graves. Le ministre a souligné que la justice pourra désormais placer les personnes dépendantes dans des établissements thérapeutiques spécialisés, avec un accompagnement social et psychologique favorisant leur réinsertion.
Boudjemaa a insisté sur le fait que l’Algérie, bien que n’étant pas un pays producteur, reste exposée aux risques liés à sa position géographique, entre des zones de production de cannabis et des régions sahéliennes où émergent de nouvelles formes de trafic de drogues dures. Ce contexte régional impose une vigilance renforcée et une réponse juridique adaptée.
Une stratégie participative
Le directeur général de l’Office national de lutte contre la drogue et la toxicomanie (ONLCDT), Tarek Kour, a exposé les grandes lignes de la Stratégie nationale 2025-2029, axée sur une approche participative. Dans son intervention, il a salué la mobilisation multisectorielle encouragée par cette feuille de route, qui vise à construire une véritable culture antidrogue au sein de la société algérienne.
La stratégie prône une complémentarité des rôles entre institutions étatiques, société civile et jeunesse, en investissant fortement dans la sensibilisation et la prévention. Kour a souligné l’importance du travail de proximité dans les écoles, les familles et les espaces publics, pour ancrer une conscience collective des dangers de la consommation et du trafic de drogues. Il a également mis en avant le développement du cadre législatif comme socle de cette lutte, appuyé par des sanctions rigoureuses infligées aux trafiquants.
L’ONLCDT coordonne également la mise en œuvre de programmes sectoriels conjoints issus de cette stratégie, en veillant à la cohérence des actions entre les différents ministères concernés. L’engagement actif de la justice et des corps de sécurité dans cette dynamique a été salué, tout comme celui des associations œuvrant à la réinsertion et à la prévention.
Vers un maillage institutionnel concret
Dans le cadre de la célébration, l’Office national de lutte contre la drogue et la toxicomanie a signé des mémorandums d’entente avec plusieurs institutions clés : le ministère de la Jeunesse, le Conseil supérieur de la jeunesse, l’Observatoire national de la société civile et l’Organe national de protection de l’enfance. Ces partenariats visent à renforcer la coordination des efforts dans la lutte contre la drogue, en particulier en direction des jeunes et des familles.
Les ateliers organisés pour l’occasion ont permis d’émettre plusieurs recommandations. En matière de prévention, il a été proposé de renforcer la sensibilisation dans les sphères éducative, familiale et religieuse. Pour ce qui est du traitement et de la réinsertion, les experts ont recommandé la création de quatre centres régionaux spécialisés dans la prise en charge des toxicomanes, ainsi que le recrutement de professionnels formés dans ce domaine.
Concernant l’aspect répressif, les intervenants ont appelé à durcir les peines relatives aux crimes liés à la drogue et à renforcer la coopération judiciaire et sécuritaire nationale et internationale. Ces mesures doivent s’accompagner d’une coordination plus poussée entre juridictions, et de nouveaux accords de collaboration à l’échelle régionale et mondiale.
Enfin, dans un geste symbolique, les corps de sécurité – l’ANP, la Gendarmerie nationale, la Sûreté nationale et les Douanes – ont été honorés pour leur contribution à la lutte contre les réseaux de trafic. En parallèle, le «Marathon de la jeunesse» a été lancé depuis Tlemcen, réunissant plus de 1500 jeunes venus de tout le pays, en signe d’union nationale face à ce fléau.
Assia M.