Les décisions annoncées lors de la réunion du Haut conseil de sécurité, tenue mercredi sous la présidence du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, relatives à la création d’un organe sécuritaire spécialisé dans la lutte contre les drogues et à la mise en place d’une prison de haute sécurité dans l’extrême Sud du pays, destinée aux barons de la drogue, viennent illustrer le passage des méthodes de confrontation traditionnelles à une approche plus globale et plus ferme à l’égard des réseaux de criminalité organisée et du trafic de drogue.
Dans une déclaration à l’APS, Ahmed Mizab, expert en questions sécuritaires, considère que ces décisions marquent une «étape décisive» dans le processus engagé par l’Algérie pour éradiquer les crimes liés aux drogues, à travers «le passage du traitement sécuritaire traditionnel au déclenchement d’une guerre systématique contre les réseaux de criminalité organisée transfrontalière».
M. Mizab a fait observer que la décision de transformer une caserne relevant de l’Armée nationale populaire (ANP), située dans le Grand Sud à Tanezrouft, en une prison de haute sécurité destinée aux barons de la drogue et aux narcotrafiquants revêt de «profondes dimensions dissuasives qui dépassent la sanction traditionnelle», dans la mesure où elle vise à «priver les chefs des réseaux criminels de toute possibilité de communiquer ou de diriger leurs réseaux», contribuant ainsi à «éradiquer ces organisations criminelles».
Pour cet expert, la création d’un organe sécuritaire spécialisé dans la lutte contre la drogue traduit la capacité de l’Algérie à «coordonner les efforts et à mener des opérations préventives de haute précision pour faire face au risque de voir les drogues se transformer en une véritable menace pour la sécurité nationale».
Les réseaux de narcotrafiquants sont désormais des entités de grande envergure, disposant de sources de financement aux ramifications régionales et internationales, d’où l’impératif de «cibler les centres de commandement et de contrôle» et de «ne plus se contenter de saisir les cargaisons ou d’arrêter les exécutants».
Abondant dans le même sens, l’expert en questions sécuritaires et africaines, Bouhania Goui, a indiqué à l’APS que ces décisions, qui participent d’une stratégie globale visant à endiguer la criminalité organisée liée au trafic de drogues, adressent «un message de dissuasion clair et ferme» à toutes les parties impliquées dans ce type de crimes aux niveaux régional et international, qui tentent de déstabiliser l’Algérie par le biais des réseaux criminels transfrontaliers.
L’expert a aussi évoqué les caractéristiques de l’approche adoptée par l’Algérie, qui «allie harmonieusement les dimensions organisationnelle, procédurale et logistique», permettant ainsi de renforcer l’efficacité du dispositif de lutte contre les stupéfiants et d’accroître les capacités de réponse face à l’évolution des méthodes employées par les organisations criminelles.
De son côté, le professeur de sciences politiques et de relations internationales, Idriss Attia, a souligné que les décisions du Haut conseil de sécurité concernant la lutte contre la drogue et les narcotrafiquants marquent une «transformation stratégique» dans le traitement de ce type de crimes portant atteinte à la sécurité et à la stabilité des pays, et ce, «en dépassant les méthodes traditionnelles fondées sur la réaction et la poursuite des trafiquants, au profit d’une vision plus globale, allant de la protection classique des frontières à la consécration du concept de +frontières sécurisées+ dans un environnement régional aussi sensible que celui du Sahel».
M. Attia a ajouté que cette approche repose sur «le ciblage de la structure de commandement des réseaux de financement et d’approvisionnement et le tarissement de leurs circuits sur le territoire national».
Pour sa part, Nabila Benyahia, professeure à la Faculté des sciences politiques et des relations internationales (Université d’Alger 3), a indiqué que la création d’un organe sécuritaire spécialisé et la mise en place d’une prison de haute sécurité dans la région de Tanezrouft, dans l’extrême Sud du pays, «ne constituent pas une simple mesure sécuritaire ou punitive ponctuelle, mais reflètent une transformation qualitative qui dépasse la perception du trafic de drogue comme un crime isolé, pour le considérer comme faisant partie de la menace globale que représentent les réseaux criminels transfrontaliers».
Partant de ce principe, l’approche algérienne est désormais «plus globale et plus dissuasive», en s’appuyant sur «le démantèlement de toute la chaîne d’approvisionnement, y compris les sources de financement, les bailleurs, les intermédiaires, les transporteurs et les distributeurs», ce qui permet de «prémunir le pays contre l’infiltration de ces réseaux criminels transfrontaliers», a-t-elle dit.
Sur le plan juridique, l’avocat Nadjib Bitam estime que la décision de créer une prison de haute sécurité destinée aux barons de la drogue dans une région réputée pour la rudesse de son environnement et ses conditions naturelles extrêmes, «arrive à point nommé pour renforcer les politiques pénales face à la progression alarmante de la criminalité organisée et du trafic de drogue, qui menacent désormais la société dans ses fondements mêmes».
Il a souligné, à ce propos, que la mesure consistant à isoler les barons de la drogue et les dangereux criminels dans des établissements pénitentiaires spéciaux, déjà en vigueur dans plusieurs autres pays, constitue «une étape fondamentale pour neutraliser les réseaux de criminalité organisée transfrontalière, qui recourent désormais à des moyens sophistiqués tels que les drones».
R.N
