Le très attendu procès en appel de l’universitaire Mohamed Amine Belghit, initialement prévu pour le mardi 30 septembre, ne se tiendra finalement pas à cette date. Selon des sources proches de la défense, l’audience sera renvoyée en raison d’un changement dans la composition de la cour.
Par Redouane Hannachi
La présidente de la 10ᵉ chambre pénale de la cour d’Alger, qui avait été en congé suite au décès de sa sœur, reprendra ses fonctions le jour même, nécessitant donc un réaménagement de l’agenda judiciaire. Ce nouveau report s’ajoute à une série d’ajournements qui ont marqué cette affaire sensible depuis plusieurs semaines. Déjà, le 25 août dernier, les avocats de la défense avaient obtenu un délai supplémentaire afin de pouvoir examiner en détail l’ensemble des pièces matérielles du dossier. L’audience précédente, prévue pour le 13 août, n’avait pas pu se tenir non plus, l’accusé n’ayant pas été transféré de la prison de Koléa où il est incarcéré. Selon les avocats, son nom ne figurait pas ce jour-là sur la liste des détenus appelés à comparaître, ce qui avait contraint le tribunal à reporter le procès.
Une condamnation lourde en première instance
Pour rappel, le 3 juillet 2025, le tribunal correctionnel de Dar El-Beida, relevant de la cour d’Alger, avait reconnu Mohamed Amine Belghit coupable d’atteinte à l’unité nationale et d’atteinte aux symboles de l’État. Le verdict avait été lourd : cinq ans de prison ferme et une amende d’un million de dinars. Le jugement avait en outre préservé les droits du Trésor public, autorisé à se constituer partie civile pour réclamer des réparations financières pour les préjudices causés. Lors de cette audience, le procureur de la République avait requis une peine encore plus sévère : sept ans de prison ferme et 500 000 dinars d’amende, estimant que les faits reprochés étaient établis et traduisaient une intention claire de nuire.
La défense conteste le dossier
Le collectif des avocats de Belghit, mené par Me Amara Abdelhamid, a de son côté plaidé pour la relaxe pure et simple de leur client. Selon eux, l’élément déclencheur de l’affaire – une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux – qui aurait été tronquée et censurée, ce qui aurait dénaturé le sens des propos tenus par l’écrivain. Interrogé à la barre, l’accusé a déclaré : « Je suis fier d’être Algérien et j’aime profondément mon pays. Mes propos ont été mal interprétés. Je visais les pieds-noirs et non les Kabyles, qui sont mes frères et sœurs et ont combattu pour que l’Algérie reste debout. Si mes paroles ont blessé, je présente mes excuses à toutes celles et ceux qui se sont sentis visés.» Pour la défense, ces déclarations traduisent l’absence d’intention malveillante. Les avocats affirment que leur client remplit toutes les conditions légales pour bénéficier d’une mise en liberté provisoire.
Une affaire sensible
Les magistrats de la chambre d’accusation de la cour d’Alger ont toutefois confirmé l’ordonnance de mise en détention provisoire rendue par le juge d’instruction du tribunal de Dar El-Beida, rejetant la demande de liberté formulée par la défense. Le placement en détention de Belghit remonte au 1ᵉʳ mai 2025, date à laquelle le parquet de la République avait ordonné l’ouverture d’une enquête préliminaire après la large diffusion d’un extrait d’interview télévisée. Dans cette séquence, l’écrivain qualifiait l’amazighité de «projet franco-sioniste», une déclaration jugée attentatoire aux fondements de l’identité nationale et aux symboles de la République. Dans un communiqué rendu public, le parquet précisait que «les propos tenus constituent une violation des principes fondamentaux de la société algérienne, consacrés par la Constitution, et une atteinte flagrante à l’unité nationale».
À l’issue de l’enquête préliminaire, Belghit avait été déféré devant le parquet le 3 mai, qui avait ouvert une information judiciaire pour plusieurs chefs d’accusation : crime d’atteinte à l’unité nationale, délit d’atteinte à l’intégrité de l’unité nationale, ainsi que diffusion de discours de haine et de discrimination via les technologies de l’information et de la communication. Le juge d’instruction avait immédiatement ordonné son placement en détention provisoire dans l’attente de son procès. Cette affaire suscite une attention particulière de l’opinion publique et des médias, tant par la gravité des accusations que par la personnalité de l’accusé, figure connue du monde universitaire.
L’affaire Belghit suscite une attention particulière de l’opinion publique et des médias. Le report de l’audience du 30 septembre repousse donc une nouvelle fois l’échéance. La défense espère que l’examen de l’affaire en appel permettra de reconsidérer la sévérité du verdict de première instance, tandis que le parquet entend maintenir sa ligne, estimant que les faits portent atteinte aux fondements mêmes de l’unité nationale.
R.H.
