Le nouveau rapport mondial de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), publié le 14 octobre 2025 à Genève et Séoul, dresse un constat alarmant : les maladies neurologiques constituent désormais la première cause de handicap et l’une des principales causes de mortalité dans le monde.
Par rédaction de Crésus
Plus de 3 milliards de personnes – soit 40% de la population mondiale – vivent avec un trouble affectant le cerveau, entraînant chaque année plus de 11 millions de décès. Pourtant, moins d’un pays sur trois dispose d’une politique nationale pour y faire face.
L’OMS met en lumière une réalité d’autant plus inquiétante que les inégalités mondiales restent abyssales. Les pays à faible revenu comptent en moyenne 82 fois moins de neurologues que les nations riches, alors même que la charge de la maladie y est souvent plus lourde. Les infrastructures sont rares, les soins concentrés dans les capitales, et les politiques publiques quasi inexistantes. Seuls 32% des États membres disposent d’un plan national en neurologie, et à peine 18% leur allouent un financement dédié. Le reste du monde fonctionne dans un vide politique et médical.
Les dix pathologies les plus meurtrières et invalidantes recensées – de l’AVC à la démence en passant par la migraine, l’épilepsie et l’autisme – illustrent la diversité et la complexité des troubles neurologiques. Ces affections exigent souvent un suivi à vie, mais les systèmes de santé restent démunis. Dans seulement 25% des pays, les maladies neurologiques sont intégrées à la couverture santé universelle, et les services essentiels – unités d’AVC, neurologie pédiatrique, rééducation, soins palliatifs – demeurent hors d’atteinte pour la majorité des patients.
Le rapport pointe aussi la fragilité des systèmes d’information sanitaire et le manque chronique de recherche, surtout dans les pays du Sud. L’absence de données fiables entrave la mise en place de politiques efficaces, tandis que le sous-financement de la recherche condamne les neurosciences à rester le parent pauvre de la santé mondiale.
Le constat social est tout aussi accablant : seuls 46 pays offrent des services aux aidants, et à peine 44 prévoient une protection légale pour ces derniers, souvent des femmes. L’OMS souligne que ce déficit de reconnaissance entretient les inégalités et pousse des millions de familles dans la précarité.
Face à ce panorama, l’organisation appelle à une mobilisation mondiale urgente. Pour le Dr Jeremy Farrar, directeur adjoint chargé de la promotion de la santé et de la prévention, “plus d’une personne sur trois vit avec un trouble du cerveau : nous devons tout faire pour leur assurer les soins qu’elles méritent”. Il rappelle que nombre de ces affections sont évitables ou traitables, à condition d’investir massivement dans la prévention, la formation et la prise en charge de proximité.
Ce rapport, le premier du genre, ne se contente pas d’énumérer les carences : il invite à repenser la santé du cerveau comme un pilier de la santé publique mondiale, au même titre que les maladies cardiovasculaires ou infectieuses. En d’autres termes, l’OMS met le monde face à une évidence : le XXIᵉ siècle sera celui du cerveau ou de la déchéance cognitive planétaire. L’enjeu n’est plus scientifique, mais politique. Et le temps, prévient l’agence, joue contre nous.
R.C.
