« La loi de finances 2026 marque une orientation résolument sociale à forte dimension économique », a affirmé le professeur d’économie à l’Université d’Alger, Dr Houari Tigharsi, lors de son intervention à l’émission Invité du matin sur la Chaîne 1 de la Radio nationale.
Cette déclaration est intervenue au lendemain de la signature officielle de la loi de Finances par le président de la République, à l’issue d’une réunion du Conseil des ministres.
Selon l’expert, ce texte accorde une place centrale au renforcement de la protection sociale, considérée comme un levier déterminant pour stimuler la demande intérieure, relancer la consommation et soutenir durablement la production nationale. Il souligne qu’aucun système productif performant ne peut être bâti sans un citoyen doté d’un pouvoir d’achat suffisant.
Dans cette perspective, la loi de Finances 2026 consacre un effort particulier en faveur des retraités, à travers une revalorisation significative des pensions. « Les retraités percevant moins de 20 000 dinars bénéficieront d’une augmentation de 10 %, tandis que ceux dont les pensions dépassent ce seuil verront leurs revenus revalorisés de 5 % ».
Cette mesure vise à préserver la dignité des retraités, à améliorer leurs conditions de vie et à renforcer leur contribution à la dynamique de consommation nationale. Elle s’inscrit aux côtés d’autres dispositifs sociaux, tels que les transferts sociaux ciblés et l’allocation chômage, dans une logique claire : protéger socialement pour relancer économiquement .
Des indicateurs macroéconomiques au vert
Sur le plan macroéconomique, Dr Tigharsi estime que les indicateurs actuels sont globalement positifs. « Le produit intérieur brut de l’Algérie a atteint environ 325 milliards de dollars contre 269,3 milliards de dollars en 2024», traduisant l’impact des réformes économiques engagées ces dernières années.
Les recettes budgétaires ont atteint 8 009 milliards de dinars, tandis que les dépenses se sont élevées à 17 600 milliards de dinars, dont une part importante est consacrée aux salaires, aux pensions de retraite, à l’équipement et aux transferts sociaux, véritables moteurs de l’activité économique.
L’agriculture, un pari pour la diversification
Le secteur agricole demeure l’un des piliers de cette stratégie, avec une valeur dépassant 38 milliards de dollars et des perspectives de croissance estimées à 5,4 %.
Toutefois, l’économiste insiste sur la nécessité d’exploiter davantage le potentiel foncier, rappelant que sur plus de 50 millions d’hectares de terres agricoles, seuls 8,5 millions sont actuellement mis en valeur. L’introduction des technologies modernes est jugée indispensable pour améliorer la productivité et renforcer la sécurité alimentaire.
L’industrie, quant à elle, enregistre une croissance de 6,3 %, avec des perspectives pouvant atteindre 15 % grâce aux investissements structurants et aux partenariats internationaux. Des projets stratégiques, tels que le gisement de fer de Gara Djebilet et le complexe de phosphate du Sud-Est, sont présentés comme des leviers majeurs de souveraineté économique et de création de valeur ajoutée
Renforcer l’attractivité économique
Par ailleurs, les investissements dans les infrastructures, les énergies renouvelables, les chemins de fer et les routes visent à renforcer l’attractivité économique, notamment dans les régions du Sud.
La numérisation de l’administration, appuyée par le développement des ‘data center’ et l’interconnexion de plus de 50 secteurs ministériels, constitue également un axe clé pour améliorer la gouvernance et l’efficacité économique.
Enfin, Dr Tigharsi souligne l’urgence de réformer le système fiscal afin d’instaurer une véritable justice fiscale et d’intégrer l’économie informelle, qui représenterait près de 41 % de l’activité économique. L’encouragement de l’auto-entrepreneuriat et la réduction de la pression fiscale sont perçus comme des outils essentiels pour stimuler l’investissement et l’emploi.
K.Z.
